Festival de l'histoire de l'art
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Arrivée d’un nouveau programmateur « Art & Caméra » au sein de l’équipe scientifique du Festival

30 octobre 2018

Dans une période marquée par le travail préparatoire de la 9e édition du Festival – les différents groupes de travail ont été constitués et réunis autour de la directrice scientifique du Festival pour travailler d’une part à l’élaboration d’un appel à communication sur le Peuple et d’autre part sur la programmation dédiée aux pays nordiques -, un nouveau programmateur de la section cinéma rejoint l’équipe dédiée au Festival au sein de l’Institut national d’histoire de l’art : bienvenue à Pierre Eugène.

Pouvez-vous vous présenter ?

Après des études techniques de cinéma (BTS audiovisuel), j’ai continué à l’université, jusqu’à soutenir l’année dernière une thèse en études cinématographiques à propos des écrits du critique de cinéma et théoricien Serge Daney (1944-1992). En plus des activités inhérentes à un chercheur universitaire (colloques, direction d’ouvrages et publication d’articles), je pratique également de temps à autre la critique de cinéma (notamment dans Artpress et sur Critikat.com) : un juste retour des choses quand on s’intéresse au cinéma ! 

Il m’est difficile de décrire l’orientation spécifique de mon travail et de mes goûts, sinon à dire que le cinéma que j’affectionne est « impur », qu’il interfère avec une réalité qui lui est étrangère, qu’il sort de ses propres canons esthétiques pour viser une forme d’altérité, offrant aux spectateurs une manière d’appréhender autrement les affects personnels et les sensations matérielles ; même si ce cinéma le fait de manière parfois modeste, imperceptible ou secrète. Ce type de cinéma se retrouve à toutes les époques, dans toutes les cinématographies du monde et dans tous les genre de films ; et même s’il est minoritaire, il ne vise pas un public restreint pour autant. J’aime beaucoup la définition de Serge Daney sur l’auteur de cinéma : ce n’est pas un démiurge génial, un maître, mais un « homme qui tire avec son style à lui son épingle d’un jeu qu’il ne domine pas », qui arrive à trouver sa place au milieu d’une réalité qu’il comprend sans la maîtriser et dont il rend compte avec ses moyens propres.

 

Qu’est qui vous a incité à rejoindre l’équipe du Festival de l’histoire de l’art ?

J’assure depuis plus de deux ans, avec la critique de cinéma Marie-Anne Guerin, le ciné-club « Deux dames sérieuses », au cinéma L’Archipel (Paris 10e). Ce rendez-vous régulier où nous avons (grâce aussi au programmateur Damien Truchot) une entière liberté de choix et d’intervention s’est avéré être un véritable plaisir de partage et de découvertes avec un public vraiment fidèle. J’aime beaucoup l’idée de faire du cinéma un lieu d’échange et de « passer » des objets cinéphiles, aussi bien par la parole (ce qui est une base de cinéphilie) qu’en élisant des objets rares (à tous les sens du terme) qui vont résonner avec les sentiments et les pensées présentes des spectateurs. 

En rejoignant l’équipe du Festival, il me semble que ce type de souci de « passer le cinéma » à un public très varié (le dit « grand public » autant que celui des chercheurs) peut trouver une amplitude encore plus grande. Par ailleurs, je trouve important que le cinéma, qui est toujours un mixte entre de l’art et autre chose (du réel, du théâtre, du graphisme etc.) puisse être considéré par les spectateurs à la fois comme un art, comme un témoignage sur une époque et un pays, comme l’expression du regard personnel d’un cinéaste – mais aussi comme une manière par l’art de prendre position et donner un point de vue sur un certain nombre de sujets, tout comme un conférencier pourrait le faire. Sauf que le cinéma a cette potentialité d’être immédiatement en prise avec ses sujets, peut-être plus que d’autres arts. D’où la place singulière et en même temps je crois essentielle de cette section cinéma au sein du Festival : une manière de mélanger les gens en le mettant à égalité devant un même film qui leur parle différemment.

 

Quelques mots sur la programmation que vous allez mettre en œuvre au sein du Festival 2019 ?

L’ambition du programme de cette année est de reconstituer une sorte d’histoire idéale (et un peu subjective) du cinéma des pays nordiques, afin de montrer, comment au sein d’un même espace géographique, les films échangent et répètent des thèmes, des figures de cinéma, ont en commun un style et en même temps des visions différentes de ce terreau commun… Cette histoire idéale ira du muet au contemporain, et prendra en compte des films très différents, certains très connus, d’autres moins, des comédies, des mélodrames, des essais… L’idée est de viser la plus grande diversité d’objets possible, tout en donnant une vision cohérente du cinéma de ces pays. 

En ce qui concerne le thème du peuple, je compte constituer de petits programmes de trois ou quatre films, autour de thématiques précises qui ont été traitées par le cinéma : par exemple, pour donner quelques pistes, les révolutions (de la Révolution française aux récentes révolutions arabes), les guerres, les frictions sociales de tout ordre (le cinéma, art de masse, a beaucoup observé les rapports conflictuels entre les classes sociales) mais aussi l’enregistrement et l’archive de pratiques populaires documentées par les cinéastes.

Enfin, il est prévu de donner des cartes blanches à des personnalités de l’histoire de l’art et du cinéma, de réaliser des conférences sur la technique cinématographique et les écrivains de cinéma (un hommage au critique André Bazin est ainsi envisagé) et d’interroger également le rapport nourri entre le cinéma et les autres arts au sein de petits programmes spécifiques.

 

En savoir plus sur la programmation cinéma du Festival.

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