Festival de l'histoire de l'art
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Art & Caméra à la loupe

12 mai 2012

Myoung-jin Cho, programmatrice de la section Art & caméra, vous présente le programme et ses coups de cœur de cette édition 2012.

Myoung-jin Cho, programmatrice de la section Art & Caméra

 

Montrer des nouveautés, revisiter des œuvres classiques

Comme l’an dernier, le festival a pour vocation de présenter des films sur l’art d’une part et, d’autre part, des films autour d’un thème, qui est cette année celui des voyages. J’avais envie de montrer des nouveautés, mais aussi de revisiter des œuvres classiques rarement diffusées.

Je suis particulièrement fière d’avoir réussi à rassembler trois films : « L’Animal d’acier » de Willy Zielke, « Le Lion des Mogols » de Jean Epstein et « La Terre des Pères » de Chaken Aïmanov.

Un cycle spécial « Trains au cinéma » qui vient s’inscrire dans notre thématique des voyages

Dans le cas de « L’Animal d’acier », le film a été commandé à Willy Zielke par les chemins de fer du Troisième Reich. Il devait montrer la gloire du Reich, mais le résultat du film n’a pas été conforme aux attentes des autorités. Ce n’était pas la description des « victoires » aryennes mais un film humaniste. Goebbels l’a détesté au point de faire interner le réalisateur dans un hôpital psychiatrique. Leni Riefenstahl, qui était une amie de Zielke,  a plaidé sa cause sans résultat. Elle a conservé une copie de ce film et une autre a été sauvée après la libération par Henri Langlois, de la cinémathèque française. J’ai découvert l’existence de L’animal d’acier grâce à l’ouvrage de Marie-José Mondzain, L’image peut-elle tuer. J’ai décidé de le programmer dans le cadre d’un cycle spécial « Trains au cinéma » qui vient s’inscrire dans notre thématique des voyages. La copie que nous allons montrer a été restaurée et sous-titrée en 1983 par la Cinémathèque française.

Une apparition de Kiki de Montparnasse et de Soutine

« Le Lion des Mogols » est un film de la société L’Albatros, qui a été créé par des artistes russes exilés en France après la Révolution de 1917. Le scénario a été écrit par Ivan Mosjoukine, acteur mythique et réalisateur. L’action se passe dans les années 1930, un prince mogol vit en exil à Paris à cause de la situation politique de son pays, il y découvre le monde du cinéma. « Le Lion des Mogols » nous conte l’histoire de Mosjoukine lui-même et celle de cette société mythique, L’Albatros, qui a produit beaucoup d’excellents films et a permis de découvrir des cinéastes français comme Jean Epstein. C’est un film sur l’histoire du cinéma et le voyage de cinéastes. On y voit aussi apparaître Kiki de Montparnasse et Soutine, on y plonge dans l’effervescence artistique du Paris de cette époque. La projection sera accompagnée par la troupe musicale du contrebassiste Sébastien Boisseau, dont j’avais énormément aimé le travail autour d’ « Une page folle » de Teinosuke Kinugasa, notre ciné-concert de l’an dernier. J’attends avec impatience d’entendre ce que cette nouvelle œuvre leur aura inspiré.

« La Terre des pères » est un très beau film kazakh, programmé également dans le cycle « Trains au cinéma ». On n’a pas beaucoup l’occasion de voir des films kazakhs. Le réalisateur est l’un des fondateurs, voire le père, du cinéma de ce pays, le centre national du cinéma kazakh porte son nom. Il reste cependant pratiquement inconnu en France. Ce film parle du voyage en train d’un vieil homme et de son petit-fils pour récupérer l’urne de son fils, mort à la guerre. Le réalisateur filme de façon extrêmement touchante les paysages du Kazakhstan, déchiré par la guerre et la misère. Une particularité de ce film est que, pendant environ deux minutes, les acteurs, qui s’expriment en Kazakh, sont doublés simultanément en russe par une voix de femme. Pour les spectateurs occidentaux, c’est un moment un peu perturbant mais qui permet de découvrir une pratique cinématographique souvent utilisée dans les films réalisés en union soviétique.

Parmi les autres petites merveilles à découvrir dans la programmation de cette année, il y a des films inédits, comme « Sur la route du land Art », « Un rhinocéros chez les ducs de Schwerin », «Rencontre avec Meek Gichugu », etc.

Il me semblait nécessaire de faire découvrir au public français ses magnifiques œuvres.

Le pays invité du Festival de l’histoire de l’art cette année étant l’Allemagne, nous avons préparé trois séances consacrées à des réalisateurs allemands : Peter Schamoni et Harun Farocki. Peter Schamoni est décédé en 2010. C’est l’un des grands maîtres du film sur l’art mais il est méconnu en France. Il me semblait nécessaire de faire découvrir au public français ses magnifiques œuvres. Harun Farocki est un cinéaste contemporain dont l’œuvre est exigeante et passionnante. Nous programmons deux de ces films qui sont des hommages au cinéma, « La Sortie des Usines », « Jean-Marie Straub et Danièle Huillet au travail ».

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