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Article Petite Voix du Festival : Henri Langlois et la collection de la Cinémathèque

Le mercredi 4 décembre, des étudiants en cinéma étaient conviés à une série de conférences à la Cinémathèque, dans le cadre du Festival « Toute la Mémoire du Monde ». La Petite Voix était parmi eux. Henri Langlois était au cœur de la première présentation. Figure de collectionneur un peu à part, il est à l’origine de la richesse des fonds de la Cinémathèque Française, qui le met à l’honneur dès avril 2014.

henri langlois

Quand il fonde la Cinémathèque en 1936, peu d’intérêt est porté à la conservation des copies. La majorité des gens considère les films comme des biens de consommation. De plus, le stockage coûte cher et les pellicules, contenant des sels d’argent, sont récupérées par des ferrailleurs. Henri Langlois, qui n’a alors qu’une vingtaine d’années, sent qu’il faut garder ces copies, pour constituer un patrimoine.

Collectionner le cinéma

L’origine de cette géniale intuition restera mystérieuse. L’exigence dans le choix des copies peut, elle, être interrogée. Comment un collectionneur parvient-il à sélectionner les pièces qu’il recueille, comment a-t-il l’intuition des œuvres qui valent le coup ? Il faut garder en tête qu’Henri Langlois va glaner des copies un peu partout, faisant preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité (assez vite, par exemple, il s’intéressera au parlant). Mais c’est aussi un fin connaisseur. On ne collectionne pas par hasard. Grand cinéphile, il a une conception du cinéma précise qui se retrouve dans sa façon de gérer la Cinémathèque.

Il est impensable pour lui d’amasser des films sans les projeter. Il ne s’agit pas juste de constituer un patrimoine, il s’agit de promouvoir le cinéma, les cinématographies. Dès les débuts il projette les films des « primitifs » (Méliès, Lumières), et cherche ainsi à illustrer l’évolution du cinéma, ou du moins les différentes pistes qu’il propose.

Sans aller jusqu’à parler d’une vocation pédagogique – les premières années seuls les membres pouvaient assister aux projections – il y a un désir de se documenter, de questionner les films. Ceci est motivé aussi par le fait que, lorsque Langlois rachète plusieurs tonnes de pellicule à un ferrailleur, elles lui sont livrées en vrac. Il faut alors reconstituer les films, les identifier, etc.

Les débuts des Cinémathèques

La constitution d’une telle collection a aussi été possible grâce au dynamisme de Langlois. La première année il réunit déjà 150 films, et plus de 500 dès 1937. Pendant la Seconde Guerre Mondiale la Cinémathèque deviendra un refuge pour les films – toutes les copies devant être remises aux Allemands sous l’Occupation, Langlois parvient à négocier une exception pour la Cinémathèque – ce qui lui permettra d’abriter plus de 5000 films en 1945.

Langlois crée en parallèle un véritable réseau de réalisateurs qui l’assistent dans cette aventure mais aussi de financiers prêts à investir pour qu’il puisse racheter, peu à peu, les copies aux ferrailleurs ou aux producteurs. Il part également à la recherche de films à l’international (il achètera les droits des films Albatros). Lors de ses voyages, il transmet sa vision de l’archivage, à l’origine de la création de Cinémathèques en Amérique Latine, par exemple.

 

La démarche d’Henri Langlois, son rapport paradoxal à l’objet (il veut tout sauver et en même temps fait preuve d’une exigence cinéphilique), ouvrent plusieurs questions sur la figure du collectionneur, que la Petite Voix continuera d’explorer.

 

Camille Chanod, pour la Petite Voix

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  • 1 commentaire

    • Le 1 janvier 2014 à 23h59, christianhivert a écrit :

      de plus Henri Langlois mettait gratuitement à disposition des petites structures culturelles ou pédagogiques ( Écoles MJC…) non seulement la pellicule demandée mais s'il le fallait le matériel de projection nécessaire … :)