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Article Petite Voix : Le faux à l’œuvre

Q’un collectionneur soit un connaisseur, cela ne fait aucun doute. Mais de quelle connaissance s’agit-il ? De prime abord il semble que la capacité à reconnaître un auteur derrière une œuvre est indispensable pour ne pas se faire avoir, pour être soi-même le meilleur garant de l’authenticité, donc de la valeur de l’œuvre. Cependant certains achètent des œuvres d’artistes encore peu connus, pour les soutenir et leur permettre d’acquérir la place qu’ils méritent. Dans ce cas il ne s’agit plus seulement d’une connaissance capable de reconnaissance mais capable d’évaluation d’une valeur intrinsèque à l’oeuvre.

Dans l’entretien qu’elle donne à Adèle Van Reeth, Jacqueline Lichtenstein nous explique que le terme de faux, en art, n’est pas adapté. Une œuvre ne peut pas être fausse dès lors qu’une œuvre n’est pas une déclaration logique, même si son titre semble résumer un quelconque propos. Le « faux » c’est l’inauthentique, c’est une œuvre qui se fait passer pour « l’œuvre de ». Pour cette raison, un faux répond toujours à une attente. J. Lichtenstein évoque le cas de l’époque où l’on redécouvre Vermeer. Certains spécialistes sont alors convaincus qu’il doit exister de sa main plusieurs peintures religieuses ; Hans van Meegeren, restaurateur et faussaire, en profite alors pour peindre un tableau religieux dans le style de Vermeer. Un faux n’est donc pas une copie, c’est toujours un original, en ce sens qu’il prend la place d’une œuvre qui n’existe pas mais pourrait exister.

Le Christ dans la maison de Marthe et Marie, Vermeer & Sélection de vraies et fausses signatures d’Hans Van Meegeren

Le Christ dans la maison de Marthe et Marie, Vermeer ; Sélection de vraies et fausses signatures d’Hans Van Meegeren. Les deux dernières sont fausses.

Donc un faux a une valeur esthétique qui lui est propre. Vasari – considéré comme l’un des fondateurs de l’Histoire de l’Art – rapporte que Michel Ange avait effectué un Cupidon que Laurent de Médicis acheta comme étant une statue antique. Dès qu’il apprend la supercherie, il exige d’être remboursé. Cependant Vasari estime que si l’oeuvre a en elle-même une grande valeur, la rejeter sous prétexte qu’elle n’est pas ce qu’elle prétend être – antique – fait du collectionneur un piètre amateur d’art.

Bien sur la signature authentique d’une œuvre demeure essentielle, ne serait-ce que pour empêcher que certains se fassent de l’argent sur le nom d’un autre. Mais doit-elle pour autant revêtir le rôle de garantie voire de condition sine qua non à l’achat ? La question du faux en art cristallise d’une certaine manière ce rapport ambigu qui existe entre valeur d’authenticité et valeur esthétique, qui est au cœur de la question de l’ajout d’une œuvre à une collection.

Dès lors que l’on considère le collectionneur comme un précurseur, il ne semble pas problématique qu’il puisse posséder un faux s’il l’a choisi pour sa qualité et non pour sa provenance. D’autant qu’ainsi il pourrait donner sa chance à l’artiste-faussaire tout en invitant le public à changer d’attitude à l’égard de l’œuvre. En effet quiconque observerait le faux en sachant que c’en est un se verrait contraint de changer son regard, d’y voir ce qui relève de la personnalité de l’artiste-faussaire.

Camille Chanod

(La Petite Voix)

Cliquez ici pour écouter l’émission des Nouveaux Chemins de la Connaissance (France Culture, 14.11.13)

 

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