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« Géo instantanés. L’éphémère pétrifié »

22 avril 2013

Rencontre avec Didier Nectoux, conservateur du musée de minéralogie de l’École des Mines ParisTech et créateur de l’exposition « Géo instantanés. L’éphémère pétrifié » qui sera présentée pendant toute la durée du festival.

Didier Nectoux, Docteur en géologie de l’Ingénieur, vous enseignez à l’École des Mines ParisTech. Vous êtes également conservateur de son musée de minéralogie. Pourriez-vous nous présenter ce lieu ?

Un conservatoire exhaustif, l’un des plus riches du monde

Le musée de minéralogie, fondé en 1794, est installé dans l’hôtel de Vendôme depuis 1815. Il conserve une collection riche de 25000 échantillons de roches. Il dépend de l’École des Mines, fondée en 1783 pour former les ingénieurs des mines du royaume. Ce qui explique d’ailleurs que les autres Écoles des Mines se soient installées par la suite sur des lieux d’exploitation : Alès, Nancy, Saint-Etienne…

Ce musée est avant tout un lieu surprenant de beauté, c’est aussi un conservatoire de roches récoltées depuis plus de 200 ans. Si vous êtes chercheur, plutôt que de faire le tour du globe pour rechercher des minéraux, il vaut mieux venir au musée de minéralogie : c’est un lieu où se trouvent les échantillons des gisements du monde entier, l’un des plus riches du monde.

Le musée a gardé cet aspect ancien avec sa classification systématique des années 1950 et ses vitrines du XIXe siècle. C’est ce qui lui donne son caractère unique, alors que la plupart des musées de minéralogie ont été réorganisés.

Le musée expose près de 4000 échantillons. Les premières salles exposent des échantillons remarquables et expliquent leurs propriétés tandis que la galerie montre les minéraux classés selon leur composition chimique. Mais ce lieu suscite aussi des débats : Si on veut que ce lieu ne soit plus seulement destiné aux chercheurs et spécialistes, il faut y incorporer des éléments pédagogiques et didactiques destinés au grand public.

Musée de minéralogie D.R.

Quels sont vos publics ?

Nous touchons un public de scolaires, d’étudiants et de chercheurs essentiellement : le lieu reste encore trop confidentiel. Pourtant la problématique des ressources minérales est globale, elle touche un public bien plus large.

Comment cela ?

En réalité, nous pouvons toucher le public à deux niveaux. D’abord en expliquant et en montrant à quoi servent les minéraux. Nous sommes des représentants de l’industrie. Les usages de minéraux dans les secteurs aéronautiques, électroniques, pharmaceutiques et dans le génie civil sont innombrables. On trouve des minéraux partout, dans les objets que nous utilisons quotidiennement : notre téléphone portable comporte plus de quarante minéraux, les matières plastiques contiennent elles-mêmes 70% de calcite… et même le papier contient des minéraux (argile, calcite, talc).

Et le second niveau ?

Un musée comme celui-ci permet d’éduquer et de sensibiliser les citoyens.

Le second, c’est d’expliquer combien le minerai constitue un véritable enjeu géostratégique. On a besoin de Tantale contenu dans la colombite-tantalite (coltan) par exemple pour fabriquer nos téléphones portables ou nos ordinateurs. Mais c’est un minerai très rare. On en trouve essentiellement en Australie mais aussi en République du Congo, au Rwanda et au Burundi, territoires sujets à des conflits et dominés par des bandes armées. Actuellement l’exploitation de ces mines de coltan  finance les guérillas…

Le musée permet de découvrir les enjeux des terres rares ainsi que les problèmes environnementaux liés à l’exploitation de ces ressources. Un musée comme celui-ci permet d’éduquer et de sensibiliser les citoyens.

Vous organisez l’exposition « Géo instantanés. L’éphémère pétrifié » pour le Festival d’histoire de l’art. Que pouvez-vous nous en dire ?

Un regard d’esthète sur la géologie

Pour cette exposition nous sortons du cadre de la minéralogie. L’idée principale de cette exposition, c’est de mettre la géologie où l’on ne l’attend pas. Sur le thème de l’éphémère, les géologues ont aussi des choses à dire. Un événement de quelques secondes peut laisser des traces qu’il est possible de retrouver des millions d’années plus tard : les rides sur le sable effacées à la marée montante, une averse âgée de 260 millions d’années sur une argile durcie… Il peut s’agir aussi d’un regard. Le point de vue sur ce qui nous entoure peut être également éphémère : comme le nuage, la roche n’est-elle pas prétexte à des interprétations par notre imaginaire ?  Avec « Géo instantanés. L’éphémère pétrifié », nous posons un regard plus d’artiste que de scientifique sur la géologie. Les photographies présentées vont aussi permettre de confronter l’actuel et le passé et, qui sait, de donner une durée à l’éphémère.

Grès © Didier Nectoux

Didier Nectoux  propose des visites guidées de l’exposition « Géo instantanées. L’éphémère pétrifié ». Consultez le programme pour en savoir plus.

Le site du musée de minéralogie

La page Facebook du musée

 

Interview réalisée par Marie Dessaillen, retranscrite par Pauline Blain

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