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Hokusai à découvert

14 mai 2012

Entretien avec Jean-Sébastien Cluzel, spécialiste de l’architecture japonaise et médiateur de la table ronde « L’architecture selon Katsushika Hokusai : voyage des modèles entre Extrême-Orient et Occident »

Pourquoi avoir choisi Hokusai comme sujet de ce débat sur l’échange de modèles
occidentaux-japonais?

 
Une œuvre prise d’assaut

Hokusai (1760-1849) est un des premiers peintres japonais dont l’œuvre a été connue en Europe du vivant de l’artiste, malgré la fermeture de l’archipel aux étrangers jusqu’en 1854. Ses livres illustrés, largement diffusés dans l’archipel japonais, sont arrivés en Occident par l’intermédiaire des rares voyageurs hollandais autorisés à commercer avec le Nihon. Ces manuels de dessin ont très vite suscité l’engouement en Europe. Avec l’ouverture plus générale du Japon, en 1868, l’œuvre imprimé de ce maître de l’estampe a littéralement été pris d’assaut par les collectionneurs et critiques français dont Philippe Burty, les frères Goncourt, Théodore Duret ou encore le peintre Claude Monet.

Cette influence a-t-elle été à double sens ?

Avant 1854, à Nagasaki, c’est-à-dire à la frontière japonaise pour les Occidentaux, le
commerce de livres était très surveillé, voire illégal ; le marché noir ne s’en portait que
mieux ! Les livres nippons et ceux d’Occident s’échangeaient à prix d’or. Les transferts
artistiques débutent avec la découverte du Japon au milieu du XVIe siècle, et seront toujours à double sens. Les ouvrages de Hokusai étaient vendus aux commerçants hollandais dès leur parution ; Hokusai apprit la perspective occidentale d’un autre peintre japonais, Shiba Kôkan, en 1796, qui la tenait lui-même des Hollandais… La perspective est une technique de représentation appartenant à l’Occident et qui est importée au Japon au XVIIIe siècle.

Manga – La perspective selon Hokusai – Collection particulière – Droits réservés

Vous êtes historien de l’architecture. Pourquoi Hokusai est-il si important pour vous?

 
Représenter le monde !

Le Shoshoku ehon shin-hinagata (Nouveaux modèles illustrés pour les artisans) est un manuel de dessin destiné à ceux qui souhaitent apprendre à représenter l’architecture. Hokusai était un peintre, mais il était aussi un professeur de dessin. Son célèbre Manga est un manuel de dessin ; les peintres apprentis s’en servaient pour apprendre à représenter, représenter l’homme, les animaux, la nature, les paysages, l’architecture, les objets… Représenter le monde ! Mais dans cette œuvre en 15 volumes, le cinquième est consacré à l’architecture. C’est dire l’importance de cet art pour le peintre.

Shoshoku ehon shin-hinagata – Figuration d’artisans-charpentiers et fabrique de la charpente – Collection particulière – Droits réservés

Qui avez-vous rassemblé autour de la table-ronde consacrée à cette œuvre méconnue?

 
Van Gogh, Manet, Monet, Gauguin et les nabis ne juraient que par Hokusai

Lors du débat, le professeur Shigemi INAGA – qui s’intéresse à l’œuvre de Hokusai depuis de nombreuses années – nous parlera de la réception de l’œuvre de Hokusai en France, de Philippe Burty (vers 1870) à Henri Focillon (1925). Ce sera aussi l’occasion de rappeler qu’à la fin du XIXe siècle, Van Gogh mais aussi Manet, Monet, Gauguin et les nabis ne juraient que par lui, cet artiste japonais qui signait « le vieux fou de peinture ». Je parlerai ensuite avec le Professeur Masatsugu NISHIDA des représentations de l’architecture de Hokusai. Quels édifices dessine-t-il ? Ces représentations sont-elles plutôt réalistes ou imaginaires ? Ce manuel de dessin est-il une publication technique dédiée aux charpentiers ?

Le professeur Antoine GOURNAY évoquera les « racines chinoises » des représentations
architecturales réalisées par Hokusai en partant des grands livres chinois d’architecture
qui furent de véritables bréviaires au Japon. Une des questions est bien là : en quoi les
représentations architecturales de Hokusai innovent et en quoi empruntent-elles à la
tradition ?

Enfin, le professeur Valérie NEGRE nous parlera des représentations de l’art de la charpente dans les traités d’architecture français (XVIe-XIXe siècle). Cette approche comparative permettra de mieux comprendre l’universalité de l’art de bâtir. Mais elle permettra aussi de mieux voir l’originalité de ce manuel : aux côtés de dessins d’architecture, apparaissent des artisans au travail, quelques monstres et dragons, des divinités, un cheval et d’autres images insolites chères à ce maître de l’ukiyo-e : des vagues.

Une image insolite du Shoshoku ehon shin-hinagata : une représentation de cheval et recette pour protéger le bois – Collection particulière – Droits réservés

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