Festival de l'histoire de l'art
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Insolite : un Moonwalker à Fontainebleau

5 juin 2013

Le Festival de l’histoire de l’art a invité cette année des comédiens au château de Fontainebleau, afin que ceux-ci nous surprennent et nous fassent découvrir les ponts qui existent entre les arts. Le Musée vivant est une performance entièrement éphémère : des auteurs contemporains ont écrit des textes pour elle qui ne seront pas publiés. Aucune trace vidéo n’en a été faite. C’est un face à face entre l’acteur et le spectateur, dont il ne reste que l’expérience, et la mémoire des émotions. Robert Cantarella, ses sept acteurs et leurs T-shirts MUSÉE devant, VIVANT derrière, ont marqué de leur empreinte visuelle les photos de milliers de visiteurs et le cœur des nombreux curieux qui sont venus les rencontrer. Retour sur une expérience hallucinante.

Marie Dessaillen

Le Musée Vivant dimanche 2 juin, Galerie François Ier, château de Fontainebleau © Marie Dessaillen

Je me faufile entre les visiteurs des Grands appartements pour accéder au Vestibule de l’escalier en Fer à cheval, où attendent les acteurs. Une masse d’amateurs entoure Chiara, qui explique le concept de la performance et invite à regarder le « menu » de textes possibles. D’abord, il faut choisir – et c’est bien difficile : j’hésite entre Artemisia de Rembrandt, Once d’Anna Teresa De Keersmaeker, et Les Septs Samouraïs d’Akira Kurosawa… Finalement, j’opte pour le Moonwalk de Michael Jackson. Parce que qu’est-ce que le Moonwalk peut bien avoir à faire à Fontainebleau?

J’annonce mon choix, on le crie à quelqu’un, un acteur arrive tout sourire et me mène dans la Galerie François Ier, que je connais par cœur mais qui me fait toujours autant d’effet… Je suis le jaune du mot Vivant de groupe en groupe, très curieuse de cette nouvelle expérience. Il se retourne, me sourit, et repart d’où il vient. Eh! je croyais qu’il allait danser le Moonwalk pour moi seule! où est-il parti? En fait, il m’a laissé en compagnie d’un autre comédien qui me fixe droit dans les yeux, me montre l’immense galerie et me demande combien de Moonwalk il faudrait faire pour la traverser. D’un seul coup, la galerie est une scène, un jeu, un casse-tête mathématique et le stress soudain de devoir calculer une réponse…. Heureusement, il est déjà en train de m’expliquer comment faire le Moonwalk. J’ai toujours voulu qu’on m’apprenne, c’est parfait, mais là, vraiment, en plein milieu du Festival, je peux? Et puis c’est lui l’acteur, ais-je le droit de bouger, de danser, pendant qu’il dit son texte? Parce qu’il est magnifique, ce texte, si rythmé, répétitif, presque une musique. Je suis prise entre le désir de l’imiter et celui de l’écouter. Pff pff Tchi!  Pff pff Tchi! un pied aux cymbales, un pied pour la batterie, et Michael est à Fontainebleau. Avant que j’ai le temps de m’en remettre, il glisse sur la moitié de la galerie, tourne sur lui-même, et disparaît. Il va revenir?

Je suis toujours aussi désemparée. Je regarde autour de moi, je vois d’un seul coup les stucs de Primatice et les fresques de Rosso sous un angle différent. D’habitude, c’est l’ombre du géant François Ier que j’y vois déambuler. D’un seul coup, la galerie est vivante, contemporaine, exubérante. Elle n’est plus une œuvre d’art, un souvenir historique, un patrimoine à conserver. Elle vibre de possibilités. À côté de moi, un visiteur intrigué qui s’était approché pour écouter subrepticement me retourne mon regard étonné : mélange d’émotion, de surprise, et de frustration. Vraiment, c’est déjà fini?

Marie Dessaillen

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