Festival de l'histoire de l'art
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Interview de Laurence Risson, spécialiste du livre d’art

Rencontre avec Laurence Risson, responsable de projets au BIEF (Bureau International de l’Édition Française). Laurence Risson est chargée des éditions d’art, des sciences et de la vie pratique. Elle organise les rencontres franco-britanniques du livre d’art lors du Festival de l’histoire de l’art. Celles-ci se dérouleront le 31 mai.

Laurence Risson, vous êtes en charge de la promotion des livres d’arts français au BIEF, pourriez-vous nous présenter son rôle ?

Le BIEF, Bureau International de l’Édition Française, est une association qui fonctionne sur adhésion. Son but est d’aider les éditeurs français à se développer à l’international. Elle facilite les contacts entre les éditeurs français et étrangers. Ses activités sont les suivantes : participation à des salons, organisation de séminaires, édition de catalogues, études sur les marchés du livre et proposition de formations.

La participation à des salons représente une grande part de nos activités. Nous participons aux trois grands salons professionnels du livre : Londres, Francfort et Bologne. Nous sommes également présents à une douzaine de salons grand public chaque année, selon les langues et les zones géographiques. Nous y avons un stand et des livres pour représenter les éditeurs français, qui sont rarement présents sur des salons non francophones. Nous ne sommes d’ailleurs pas présents sur les salons francophones, à l’exception de Casablanca et plus anciennement d’Alger, car ces réseaux sont bien connus des éditeurs français.

Sur les salons, nous travaillons avec les Instituts Français (auparavant services culturels) des Ambassades à l’étranger. Ceux-ci invitent des auteurs et des éditeurs tandis que nous leur proposons des conférences et facilitons les rencontres. Nous travaillons également en partenariat avec les libraires francophones de l’étranger qui gèrent la partie vente de livres pendant l’événement. C’est aussi l’occasion de leur apporter un soutien avec des livres à prix préférentiels, et une variété de titres qui enrichissent leur fond (sciences humaines, art etc.). Mais nos activités s’adressent plus aux éditeurs qu’aux libraires.

Pour présenter les éditeurs français sur les salons, nous distribuons des catalogues bilingues. Ces catalogues sont thématiques : littérature, jeunesse, sciences-humaines, beaux-arts… Les éditions nous font parvenir leur sélection : ils présentent leur ligne éditoriale, leurs fonds et leurs nouveautés.

Pour les séminaires que nous appelons également journées professionnelles, nous proposons aux professionnels français de se déplacer deux jours dans un pays étranger pour y rencontrer leurs homologues. En général, la matinée est dédiée aux conférences qui permettent de comparer les marchés nationaux, d’aborder les questions intellectuelles et pratiques des éditeurs. L’après-midi est consacrée aux rendez-vous individuels pour sceller ou entamer des collaborations (coéditions ou échanges de droits). Le lendemain, il nous arrive aussi d’organiser des visites chez des libraires, afin de prendre le pouls du marché.

Nous réalisons également des études généralistes et thématiques (vie pratique, sciences, art, littérature, sciences humaines, jeunesse) sur les marchés étrangers. Elles complètent les organigrammes que nous publions également et qui détaillent la structure des marchés du livre.

Enfin, chaque année, d’autres programmes pour professionnels de l’édition s’ajoutent aux activités énumérées. Nous proposons, entre autre,  à une dizaine de libraires et d’éditeurs un programme de formation et d’échange financé par l’OFAJ, office franco-allemand pour la jeunesse. Cette formation, qui est dispensée en France et en Allemagne, permet de créer des relations durables entre les éditeurs des deux pays.

Salon du livre

Vous êtes spécialisée dans le livre d’art : quelles sont ses particularités ?

Le tissu éditorial du livre d’art est très développé. Il comporte des grands éditeurs publics et privés ainsi qu’une myriade de petits éditeurs.

C’est un marché qui connait des difficultés en ce moment. Les ouvrages académiques sont concurrencés par l’offre gratuite sur la toile et les étudiants achètent de moins en moins de livres.  Le phénomène d’Amazon et des soldeurs (vente de livres neufs à prix réduits) ne facilitent pas non plus la croissance. Les livres d’art sont de plus en plus distribués dans les boutiques des musées et dans les galeries, mais de moins en moins en librairie généraliste. Le marché du livre d’art est très lié au côté événementiel des grandes expositions. Il reste peu de place pour les livres sans rapport avec l’actualité des expositions.

Enfin, le livre d’art est saisonnier : c’est un cadeau de fin d’année.

Heureusement, il reste beaucoup de passionnés ! Ce sont eux qui font que les éditions d’art continuent à être si variées.

 

Quelles différences existe-t-il entre les livres d’art français et britanniques ?

Le livre d’art français est souvent académique, il contient beaucoup de texte. Les droits de reproduction des images sont élevés, en France, ce qui a un impact sur le prix de vente des ouvrages et sur le prix des cessions des droits. À l’inverse,  les britanniques payent moins cher les droits de reproduction et s’inscrivent dans la tradition anglo-saxonne : plus d’images et moins de texte. Le  concept de coffee table books n’a d’ailleurs pas d’équivalent dans la langue française. Ces livres d’art n’ont pas besoin de traduction, ils sont achetés essentiellement pour leurs images.

Les éditeurs que nous avons invités à Fontainebleau sont néanmoins des professionnels qui ont une production transverse qui s’accorde avec celle de leurs homologues français.

 

Vous serez présente au Festival de l’histoire de l’art : est-ce la première fois que vous y participez ?

Oui, ce sera ma première participation. Clair Morizet, des Éditions du patrimoine, me l’a suggérée suite à l’édition 2012. En général, le BIEF favorise les rencontres à l’étranger. Mais les éditeurs français ont de moins en moins de temps et d’argent pour se déplacer. On propose désormais aussi aux éditeurs de se rencontrer à Paris. C’est cohérent pour nous de participer à ce salon qui favorise les relations avec l’international.

 

Vous organisez des rencontres préliminaires au Festival, le 31 mai. En quoi cette journée va-t-elle consister ?

Nous organisons une série de conférences pendant la matinée. L’après-midi est dédiée aux rendez-vous.  Cet événement vise à faire se rencontrer les professionnels. Ils vont échanger autour du métier mais aussi parler partenariat : cession de droits, coédition, etc.

 

Comment ont été choisis les thèmes des conférences ? 

Les thèmes ont été suggérés par le BIEF et souhaitent aborder le livre, de l’auteur jusqu’au libraire. Ils sont liés aux questions éditoriales, de fond, de forme et de commercialisation. Nous avons demandé à deux éditeurs, un français et un britannique, de présenter le sujet en une quinzaine de minutes. Ensuite, l’idée est de lancer un dialogue avec l’ensemble de la salle. Anne-Laure Walter, journaliste de Livres Hebdo, animera les discussions.

La conférence sur la place de l’auteur dans le livre d’art sera menée par Sophy Thompson de Flammarion et Michael Leaman de Reaktion Books. Cette question est importante pour le livre d’art où l’auteur tend à disparaitre derrière l’artiste ou le sujet. Comment travailler avec les auteurs ? C’est un sujet propre au métier d’éditeur.

Le thème du numérique est incontournable aujourd’hui. Nicolas de Cointet chez Albin Michel et May Yao d’Intellect Books traiteront du livre d’art dans l’univers numérique et multimédia. Albin Michel est particulièrement bien placé pour parler du sujet car il a récemment investi dans le numérique avec Mon musée imaginaire de P. Veyne.

Enfin, Paul Ruellan et Philippe Renard de la librairie Michel Descours et Philip Watson de Thames & Hudson  parleront du livre d’art en librairie spécialisée. Ils s’intéresseront à la vente, aux lecteurs, aux sujets porteurs, etc.

 

Qui sont les éditeurs anglais invités ?

Nous avons invité six éditeurs britanniques : deux publics qui représentent des musées : V&A Publishing et Tate Publishing qui traduit beaucoup les livres d’art jeunesse français. Thames & Hudson,  qui est probablement l’éditeur britannique qui traduit le plus du français ; Reaktion books et Intellect Books qui publient des essais et Paul Holberton, bien connu des éditeurs français,  qui représentera une production illustrée, plutôt classique. Notre but est de brosser un large panorama des éditeurs, privés comme publics, qu’ils favorisent les images ou les textes.

 

Depuis la disparition du mai du livre d’art à Nantes, il n’existe plus de salon qui rassemble toute la profession. À part le salon du livre et de la revue d’art du Festival, quels sont les  salons dédiés au livre d’art ?

En France, le livre d’art trouve sa place au sein d’événements culturels comme c’est d’ailleurs le cas avec le Festival de l’histoire de l’art, mais de façon plus partielle. Il existe notamment beaucoup de festivals qui traitent de la photographie. C’est un thème en vogue en ce moment. Les livres de photos sont d’ailleurs bien présents dans les librairies généralistes contrairement aux livres sur les beaux-arts. À l’exception des rétrospectives et des expositions, bien entendu.

À l’étranger, il existe aussi des salons sur le livre de photos, en Allemagne, au Luxembourg, par exemple. Aux Etats-Unis, le College Art Association rassemble des conservateurs, des universitaires et des artistes. Le livre d’art y trouve aussi sa place.

 

C’est aussi un salon de la revue d’art. Avez-vous des relations avec cette presse spécialisée ?

Assez peu. Le BIEF est amené à travailler avec Beaux-Arts Magazine, mais sur sa partie livre.  La chaine éditoriale du livre n’est pas celle de la presse et ces milieux sont assez peu perméables. Par contre, on note le développement d’une presse mensuelle ou trimestrielle qui peut prendre l’aspect du livre.

Le livre a tenté de pénétrer la presse : on a pu voir des initiatives du type « un journal, un livre ». Mais cela reste difficile financièrement pour un éditeur qui va devoir casser ses prix. Cela dépend de sa stratégie et de son point de vue. En Italie, ce type d’association est fréquent.

 

Quelles sont vos attentes pour le Festival ?

J’ai hâte de me rendre sur les lieux car les éditeurs français étaient très enjoués suite à l’édition 2012. Et le programme des interventions de cette année promet d’être intéressant et s’annonce particulièrement riche.

 

Interview réalisée par Pauline Blain

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