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L’éphémère dans l’art contemporain

30 avril 2013

Réaliser un art éphémère, est-ce un oxymore ? La notion d’art ne s’inscrit-elle pas dans la durée ? Car si l’artiste cherche à fixer par son art un instant, éphémère et insaisissable, son œuvre n’est-elle pas destinée à une pérennité ? Ces questions seront abordées dans le cadre du festival…

 Développement de l’éphémère dans l’art contemporain

Au-delà du questionnement sur la nature de l’art, force est de constater que les avant-gardes du XXe siècle ont largement choisi de s’illustrer par l’éphémère : happenings, art corporel, land art, in situ

Les avant-gardes renouvellent la notion d’art. L’artiste ne cherche plus uniquement à produire une œuvre qui lui survivra mais peut aussi créer une œuvre dans une temporalité courte. Installé au cœur de l’existence humaine, l’acte artistique en a la fugacité. Et la perte, la disparition de l’œuvre est inscrite dans sa réalisation. Comme pour les machines de Tinguely qui s’autodétruisent, la destruction peut être intégrée à la démarche artistique. Ce qui importe pour l’artiste est peut-être moins l’œuvre finie que le processus qui a guidé son élaboration.

Les performances sont une des manifestations les plus palpables de l’instantanéité dans l’art contemporain. Celles-ci mettent en jeu le corps, le temps et l’espace. Elles ne durent que le temps de leur réalisation. Doivent-elles être documentées ou prolongées par la photographie ou la vidéo ? Le choix des performers est différent selon la démarche de chacun.

Le happening, terme proposé par Kaprow en 1958, est un événement au caractère purement expérimental. C’est une expérience spontanée, qui se déroule dans une certaine temporalité et cherche à donner conscience du temps et de l’existence. Elle peut intégrer un public participatif. Le happening peut mêler la musique et les arts visuels : le mouvement Fluxus par exemple intègre l’art à la vie courante. Cela lui permet de dénoncer l’ordre social existant. Car ces expériences ne sont pas de simples spectacles, elles visent aussi à critiquer la société et à la faire changer. Cela peut passer par la provocation : le body art, qui fait du corps même son principal élément plastique, peut aller jusqu’à la violence. La toile à peindre, le matériau ou l’outil, c’est le corps. Dans les années 1970, les artistes de l’actionnisme viennois, tels que Gunter Brus dont les performances s’intitulent Selbstverstümmelung (Automutilation, 1965) ou Tortur (Torture), montrent le corps et le maltraitent durant leurs performances au caractère transgressif. Ces formes éphémères de l’art ne sont cependant pas destinées à rester inconnues.

 

De ces œuvres, que reste-t-il ?

L’art éphémère pose des questions de conservation : une œuvre réalisée en pleine nature avec des matériaux périssables n’a aucune chance de perdurer autrement que par la photographie ou le film. Comment dans ce cas le public perçoit-il une œuvre dont il ne connait que l’image ? Que considérer comme œuvre : l’image de celle-ci ou la réalisation ? Quelles sont les conditions de monstration d’une œuvre éphémère ? Quelle réception critique peut-elle recevoir ? Comment peut-on écrire l’histoire de ce type de formes ?

Une œuvre in situ, liée à un espace particulier, n’existe que dans ce cadre. Des œuvres qui prennent la forme d’une exposition comme « Le Vide » d’Yves Klein en 1958 ou « Le Plein » d’Arman en 1960 sont liées à la galerie où elles sont présentées. Le lieu est transformé par l’action artistique. Voilà un type d’œuvre qui ne peut être déplacé sans être détruit. On peut envisager de les reproduire mais de tels happenings peuvent-il être présentés à nouveau ? Ou n’acquièrent-ils une dimension artistique que dans leur unicité ?

Les musées et galeries exposent des vestiges de ces œuvres éphémères. Sont alors conservés les maquettes et projets qui ont précédé la réalisation, des éléments de l’œuvre subsistants, ainsi que des photographies et des films. Ces objets conservent le souvenir de ces œuvres, les préservent de l’oubli mais ne préservent pas les œuvres elles-mêmes. Le risque est de voir dans ces vestiges des œuvres à part entière. Le musée les présentent comme des reliques alors que l’artiste ne souhaitait pas forcément pérenniser son œuvre. Cependant, pour des raisons économiques, l’artiste qui fait le choix de l’éphémère doit souvent produire des objets autour de l’œuvre qu’il ne veut pas commercialiser : Christo et Jeanne-Claude ont ainsi financé l’empaquetage du Reichstag en vendant les dessins et sculptures préparatoires. La photo d’une œuvre est-elle alors une documentation d’une œuvre disparue ou une œuvre également ? Selon la position de l’artiste, les deux acceptions se trouvent.

Certains artistes ont également souhaité s’exprimer en dehors des galeries et musées.  Ils investissent les lieux de vie avec le Street art ou la nature avec le Land art. Dans ce dernier, la terre devient le matériau par excellence. Le site choisi est important car il participe pleinement  à l’œuvre. Les matériaux, éphémères, sont voués à la péremption, à la destruction. Les conditions climatiques choisies peuvent aussi accélérer cette disparition. Les œuvres de sable d’Andy Goldsworthy ne durent que quelques heures. La photographie devient donc le moyen de sauver la mémoire de l’œuvre et de toucher au plus près sa spécificité, l’instant de sa réalisation.

D’autres artistes visent plutôt à questionner le rôle des lieux culturels et du marché de l’art. Ainsi l’Arte povera s’oppose à la société de consommation et plus spécialement à l’industrie culturelle : ses manifestations sont pensées indépendamment des institutions et de l’économie culturelle. L’art éphémère se construit-il comme le produit d’une société de consommation qui fétichise les objets périssables ou comme une critique de celle-ci ? En est-il le reflet ou le contrepoint ?

 

Le Festival de l’histoire de l’art s’intéresse à l’éphémère dans l’art contemporain à travers les conférences suivantes :

Le précaire et l’éphémère. Fragilité des actions humaines et fragilité des phénomènes naturels
Les états transitoires de l’œuvre in situ dans l’art du XXᵉ siècle
Les œuvres éphémères de Genesis P-Orridge : les performances du groupe COUM Transmissions
À la recherche du temps perdu ? Performances, interventions et archives à Derry, Irlande du Nord, 1978-2003
Emballer l’histoire ? Le Wrapped Reichstag à Berlin en 1995
Monuments éphémères sur Trafalgar Square : un rapport ambivalent à la commémoration
Archives et création : histoire des pratiques musicales et sonores sur la Côte d’Azur des années 1950 à nos jours
Le précaire et l’éphémère. Fragilité des actions humaines et fragilité des phénomènes naturels
La fête dans l’Est londonien. Le temps cérémoniel et la constitution d’un quartier artistique (de 1980 à nos jours)
Andy Goldsworthy, apprivoiseur d’éphémère
Une histoire de la performance sur la Côte d’Azur de 1951 à nos jours
Roy Adzak : « Nous sommes tous périssables »
Michel Blazy : le temps de l’œuvre
Collectifs artistiques britanniques et renouvellement de formes artistiques : le Blk Art Group (1981-1984)
« Salut mon vieux au revoir ». Arman et l’exposition du Plein à la galerie Iris Clert (octobre-novembre 1960)
La Messe pour un corps de Michel Journiac

Pauline Blain

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