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Peter Geimer : « On dit souvent que les images mentent… »

30 mai 2012

Peter Geimer interviendra avec Andreas Beyer et Emmanuel Alloa à la table ronde sur « L’image en question. Débats autour de la science de l’image ». Il répond à nos question depuis Berlin, où il enseigne l’histoire de l’art et de la photographie.

Entretien réalisé par Pauline Decot pour le magazine Culture Communication, édition de mai 2012, n°201

Vous êtes professeur d’histoire de l’art. Votre domaine de spécialisation est-il toujours en rapport avec ce qui a déclenché votre vocation d’historien ?

Entre témoignage et fiction.

Au début de mes recherches j’ai travaillé sur la peinture française (Delacroix) et sur l’es- thétique de la ruine au XVIII e siècle. Mais il a y longtemps que je m’intéresse à l’histoire de la photographie et – depuis peu – du film. La photographie m’intéresse à cause de son sta-
tut ambigu. La photographie et le film sont établis comme arts, mais en même temps ils font
partie d’un monde « non-artistique », par exemple en tant que témoins artificiels des événe-
ments politiques ou privés. On dit souvent (et souvent avec raison) que les images mentent.
Mais premièrement ça vaut aussi pour les mots et deuxièmement ça ne nous empêche pas de leur attribuer un lien avec le réel. Dans la photographie et le film, je m’intéresse au double régime entre témoignage et fiction.

Qu’est-ce qui fait « courir » un historien de l’art allemand ?

L’histoire de l’art allemand – mais je suppose qu’en France c’est pareil – est heureusement
une discipline très complexe et hétérogène. Donc je ne peux pas généraliser. Ma réponse ne peut être que personnelle. Ce qui me fait courir est la tension entre langage et image : comment trouver un langage qui soit à la fois précis, évocateur et – pourquoi pas – parfois
même poétique vis à vis des images ? Deuxième grand défi : comment lier la dimension historique d’une œuvre d’art (son contexte spécifique) et sa présence actuelle (ce qui la rend intéressante aujourd’hui).

Vous avez, semble-t-il, des affinités particulières avec la France. En quoi est-elle une source d’inspiration pour votre travail ?

Barthes, Derrida et Didi-Huberman comme guides

J’ai l’impression que dans la tradition intellectuelle française il y a un type de chercheur qui n’existe pas en Allemagne : quelqu’un comme Roland Barthes par exemple, qui est à la fois un scientifique et un écrivain sans que ces deux pôles se contredisent : chez lui, on ne peut pas distinguer entre le contenu et la forme, puisque le langage fait toujours partie de l’argument. Aujourd’hui c’est surtout Georges Didi-Huberman qui réussit cette synthèse. Dans les années 1990 j’ai suivi un séminaire de Jacques Derrida. J’étais très impressionné par la manière dont laquelle Derrida a développé son sujet : comme une espèce de représentation de sa pensée.

A Fontainebleau, vous allez participer à une table ronde sur « L’image en question ». De quelle image s’agit-il ?

A mon avis la science de l’image n’existe pas. Elle est ni une discipline, ni une méthode. Mais elle est un symptôme – un symptôme pour la nécessité de trouver en histoire de l’art de nouvelles méthodes pour décrire la persistance des images qui ne sont pas des œuvres d’art.

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