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Peter Schamoni, le cinéaste des artistes

21 mai 2012

Dans le genre de films d’artistes, l’œuvre de Peter Schamoni tient une place particulière.

Une approche entre le récit filmique et le documentaire

Dans une approche qui oscille entre le récit filmique et le documentaire, la recherche de l’authenticité et de l’histoire, Schamoni développe un concept qui devient sa marque de fabrique : Il travaille avec l’artiste, l’observe dans son atelier et chez lui, le fait parler ou circule tout simplement dans son environnement. Il retrace les différentes époques de la vie de l’artiste, ayant recours à des images ou des séquences d’archives et reconstitue le cheminement de la création.

Si Max Ernst a été l’artiste préféré du cinéaste, à qui seul il a consacré cinq films, Peter Schamoni a également réalisé des films sur Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely (Wer ist das Monster, Du oder ich ?, 1994), Friedensreich Hundertwasser (Hundertwassers Regentag, 1972), nominé pour un Oscar en 1973, Dorothea Tanning (Insomnia, 1978) et Fernando Botero (2010). Il a également fait un film sur le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich (Caspar David Friedrich – Grenzen der Zeit, 1986) et un portrait de Clara et Robert Schumann (Frühlingssinfonie, 1983), placés par le cinéaste dans la catégorie long-métrage.

La passion du cinéma marque son enfance

Peter Schamoni, 1934-2011, est issu d’une famille de cinéastes de la première heure. La passion du cinéma marque son enfance. Son père Victor Schamoni soutient, en 1926, une thèse de doctorat intitulée „Das Lichtspiel – Möglichkeiten des absoluten Films», publiée en 1936. Notons aussi que ses trois frères Ulrich, Viktor et Thomas consacrent leur vie également au film. Enfant, Peter exécute des rôles au théâtre et au cinéma. Plus tard, il s’inscrit à l’Université de Munich en lettres modernes, histoire de l’art et du théâtre. Ensuite, il travaille comme assistant en dramaturgie et réalisation aux théâtres nationaux de Stuttgart et Munich. En février 1962, Schamoni fait partie des 26 jeunes cinéastes, caméraman et autres professionnels du film, qui signent la déclaration devenue célèbre : « Manifeste d’Oberhausen ».

Adieu au cinéma de papa

Ce document revendique, à l’instar de la Nouvelle Vague en France, une nouvelle approche du cinéma dont la plaque tournante devient le Festival du court-métrage à Oberhausen, grande ville industrielle dans la région de la Ruhr. « Abschied von Papas Kino » est la devise lancée par ces jeunes intellectuels qui voient désormais dans le Heimatfilm, le film régional, un divertissement léger et sans substance, un produit du « miracle économique » des années 50, et avant tout un refoulement du passé national-socialiste, la fuite de l’histoire proche de la guerre. Si la crise du cinéma suscite de vives discussions et est à l’origine d’un nouvel essor du film allemand lié étroitement aux noms des réalisateurs comme Alexander Kluge, Edgar Reitz ou Haro Senft ; Schamoni débute, lui aussi, avec des longs- et des court-métrages qui touchent à des sujets sociaux, brisent des tabous et ciblent un passé douloureux et encore proche.

Sa rencontre avec Max Ernst ? L’évènement le plus important de sa vie

En 1962, son film « Brutalität in Stein », un documentaire sur l’architecture monumentale national-socialiste, réalisé avec Alexander Kluge, est récompensé au festival d’Oberhausen. Parallèlement à cette production, critique et sensible, sans jamais être sentimentale, Schamoni est attiré par le portrait et la biographie d’artiste. Peter Schamoni a souvent décrit la rencontre avec Max Ernst, en 1963, comme l’évènement le plus important et le plus déterminant de sa vie. Aussi, Max Ernst. Mes vagabondages, mes inquiétudes, qui a reçu la distinction « besonders wertvoll », le Bayerischer Filmpreis en 1991 et le prix pour la meilleure biographie du Festival International du Film sur l’ art de Montréal, est sûrement et avant tout le film qu’il considérait comme une œuvre capitale pour lui. Il faut se rappeler que Schamoni avait connu les années de guerre et les années difficiles qui suivirent. Malgré l’engagement antifasciste de sa famille – son père et le frère cadet de son père sont décédés dans la guerre, un autre oncle, prêtre catholique, a été retenu pendant six ans dans un camp de concentration – Schamoni disait avoir ressenti une grande culpabilité, qui pesait sur lui comme sur les camarades de sa génération. La rencontre avec Max Ernst était, vu sous cet angle, non seulement celle d‘un jeune homme avec un artiste célèbre, mais aussi un acte profondément libérateur : « Pouvoir rencontrer Max Ernst, l’artiste majeur du siècle qui vivait en France et qui était célébré par les milieux progressistes de l’art, pouvoir faire des films avec lui qu’il nous appelle son ami, ce fut une expérience vitale incroyable, vraiment rédemptrice. » Le cinéaste a du ressentir une fascination comparable dans le travail réalisé avec Friedensreich Hundertwasser, Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely.

Julia Drost, Directrice de recherche et directrice du centre de recherche Max Ernst, Centre allemand d’histoire de l’art

 

Programmation dans le cadre du festival :

Max Ernst. Mein Vagabundieren, meine Unruhe, 1991

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, Wer ist das Monster,. Du oder ich?, 1994

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