Festival de l'histoire de l'art
Proposez une intervention

Actualités, Articles & Vidéos

Filtrer le contenu

Retour sur le Grand Tour

10 mai 2012

Quel meilleur exemple que le Grand Tour pour illustrer le voyage des artistes, des idées et des œuvres ? Imaginé, rêvé et  vécu, ce voyage mythique sera à plusieurs reprises décryptées lors du Festival.

Gilles Bertrand, Professeur d’histoire moderne à l’université de Grenoble, reviendra sur la relation entre le Grand Tour et les artistes dans l’Italie du XVIIIe siècle lors d’une conférence qui aura lieu dans la Chapelle de la Trinité au château de Fontainebleau. Aperçu en texte et en images de cette intervention…

Apprendre le métier

« Y eut-il un Grand Tour propre aux artistes, servant de complément à leurs apprentissages antérieurs ? Si le voyage de formation fut pour eux essentiel aux XVIIe et XVIIIe siècles, il ne se confond pas avec celui des jeunes nobles. Paris et Rome sont les destinations les plus prisées. Cette pratique spécialisée sert à apprendre le métier de peintre, de dessinateur, d’architecte ou de sculpteur. Des dessinateurs voyageurs se mettent assurément à parcourir la péninsule italienne et depuis longtemps des artistes de tous pays, hommes ou femmes, travaillent d’une ville à l’autre. Mais c’est sous la contrainte des événements de la Révolution que de nombreux artistes, français ou non, quittent Paris ou Rome pour d’autres destinations.

Portrait de Charles John Crowle Batoni Pompeo Girolamo (1708-1787) Localisation : Paris, musée du Louvre © RMN (Musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Portraits de Batoni ou de Rosalba Carriera, vues de Venise par Canaletto ou les Guardi, scènes du Vésuve par Volaire

Les artistes européens ont de leur côté joué un rôle majeur dans le Grand Tour des élites. De Cochin à Fragonard, ils accompagnèrent de riches voyageurs. D’autres fournissaient sur place des images à rapporter chez soi, accessoires inévitables de tout Grand Tour réussi : portraits de Batoni ou de Rosalba Carriera, vues de Venise par Canaletto ou les Guardi, scènes du Vésuve par Volaire. Les visites de Saint-Non, Sade ou Goethe se faisaient à Rome ou Naples en compagnie de peintres. Il faut dire que depuis le XVIIe siècle les voyageurs ont été initiés à l’art italien par la circulation des œuvres et des artistes en Europe. Les acquisitions d’œuvres d’art en Angleterre ou les longs séjours d’artistes italiens en Allemagne, en Pologne ou à Madrid expliquent qu’en peinture et en architecture l’Europe entière soit familiarisée avec l’art italien.

Le Môle – Vue du bassin de Saint Marc Canaletto Antonio (1697-1768) Localisation : Paris, musée du Louvre © RMN (Musée du Louvre) / Daniel Arnaudet

Les évolutions les plus décisives

Le Grand Tour a été inséparable d’évolutions esthétiques partagées par les amateurs d’art et les artistes européens au XVIIIe siècle. L’Italie a certes été le lieu d’une codification annonçant les clichés de l’ère du tourisme, marquée par l’art de la Renaissance et de la période baroque. Mais c’est aussi au contact d’artistes ou de théoriciens parfois étrangers qui séjournaient en Italie que les évolutions les plus décisives de l’art de peindre, de dessiner et de construire se sont manifestées à travers l’Europe. À la vogue du palladianisme en architecture succéda un regain d’intérêt pour les monuments des cités ensevelies. On construisit des édifices à l’italienne dans divers pays et il se développa un goût pour les paysages saisis sur le vif. La leçon de l’antique fut d’abord celle de l’art grec, transmise par Winckelmann. À l’écart des anciennes capitales, les jeunes peintres furent invités à se lancer dans de véritables explorations à la recherche de ruines encore méconnues enfouies dans les broussailles.

Eruption du Vésuve et vue de Portici Fin du 18e siècle Volaire Pierre-Jacques, Chevalier (1729-avant 1802) Localisation : Nantes, musée des Beaux-Arts © RMN / Gérard Blot

Doublant le voyage à travers l’Europe d’élites qui ne pouvaient se passer des artistes, le tropisme italien des artistes européens a marqué au XVIIIe siècle un moment de l’histoire du goût et des plaisirs indissociable du public cultivé des voyageurs. »

Retrouvez toutes les informations sur cette conférence : Le Grand Tour et les artistes dans l’Italie du XVIIIème siècle

 

D’autres conférences feront référence au Grand Tour:

Le souvenir dans l’Italie du Grand Tour par Antonio Pinelli

 « Amoureux des formes italiennes ». Le Grand tour de Thomas Jones entre paysages héroïques et vues privées par Bruno-Nassim Aboudrar

Le voyage artistique au XIXe siècle par Gennaro Toscano et Cecilia Hurley

Paysage du Grand Tour et de l’art des jardins au XVIIIe siècle par Monique Mosser

Vous souhaitez réagir :