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Retour sur le Prix jeune critique 2012

En 2012, la section cinéma Art & caméra a mis en place une nouvelle récompense, le prix Jeune Critique. A travers ce prix inédit, le Festival de l’histoire de l’art souhaite sensibiliser les lycéens et les étudiants en première et deuxième année de cinéma au rôle de jury. Trois de ces membres reviennent aujourd’hui sur cette expérience rare.

C’était l’an dernier, 10 étudiants de l’Université Sorbonne Nouvelle et des lycées de Fontainebleau étaient retenus pour faire parti de ce nouveau jeune jury. Au programme d’une journée bien remplie, le visionnage de sept courts métrages autour du voyage (ndlr. thème du Festival de l’histoire de l’art 2012) et la rencontre de cinq cinéastes. Après délibération, c’est le film La Difunta Correa de Nicolas Cambois et Sébastien Gardet qui a reçu le prix Jeune critique.

Trois des étudiants sont venus nous parler de leur expérience.

Léo De la Lange (L), 21 ans, est étudiant en cinéma en deuxième année de licence. Après avoir passé l’épreuve cinéma au Bac, il a entrepris des études de cinéma afin de devenir réalisateur de films. À la fin de sa licence, il souhaite arrêter ses études théoriques pour s’orienter vers un apprentissage plus pratique dans une école de cinéma, ou se lancer directement dans la vie active.

Carlos Solano (C), 22 ans, était le Président du jury Jeune Critique. Espagnol, il a étudié le cinéma sous son angle technique pendant deux ans dans une école de cinéma espagnole après le Bac. Plus intéressé par la théorie, il est venu étudier à Paris. Il est en troisième année de licence et prévoit de continuer en Master et en Thèse, afin de s’orienter vers la recherche et peut-être se lancer dans l’enseignement.

Dethvixay Banthrongskad (D), 20 ans, a passé un Bac arts plastiques et est actuellement en troisième année de licence cinéma. Très intéressé par l’aspect pratique du métier – il souhaite d’ailleurs se tourner vers la réalisation, il voudrait également entreprendre des études théoriques. Il suit en parallèle ses projets personnels et prépare le concours de l’ENSAD (École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs).

 

Léo, Carlos et Dethvixay reviennent sur leur expérience

Sept courts et moyens métrages étaient en compétition. Le choix du gagnant a-t-il été facile?

Léo De la Lange : Nous étions partagés entre trois films : Paris Shanghai, Le Dernier Voyage de Maryse Lucas et La Difunta Correa. Les membres du jury défendaient chacun deux ou trois films, mais c’étaient ces trois-là qui sont revenus le plus souvent. Les goûts variaient entre ceux qui préféraient les films décalés aux formes inhabituelles et ceux qui respectaient des formes classiques.

Dethvixay Banthrongskad : Au début, nous hésitions surtout entre les deux premiers, mais nous avons finalement décerné le prix au troisième, La Difunta Correa. Et nous avons mis une mention spéciale au film Le Dernier Voyage de Maryse Lucas.

Carlos Solano : Paris Shanghai était parfait académiquement. Son réalisateur sortait de la Femis, il avait tous les moyens à sa disposition. En revanche, le réalisateur du Dernier Voyage de Maryse Lucas est un artiste qui s’essayait derrière la caméra. Nous avons essayé de prendre en compte dans notre choix les différences de moyens des réalisateurs.

Pouvez-vous nous parler un peu de La Difunta Correa?

 Un film intéressant qui traite de la confrontation à une autre culture

(D) : Le film raconte l’histoire de deux amis belges qui marchent dans le désert argentin. À court d’eau, ils se disputent et se séparent après avoir passé un autel dédié à la Difunta Correa, une sainte locale morte de soif dans ce désert, mais dont le bébé a survécu. La tradition veut que le voyageur doit lui donner à boire en passant près de son autel. L’un des amis, qui a la foi, lui laisse sa bouteille d’eau, tandis que l’autre, plus pragmatique, lui reproche son geste. Un peu plus tard, celui qui a la foi, complètement déshydraté, voit, dans une forme d’hallucination, une femme venir à lui. À la fin, les amis se retrouvent au point de départ. Le réalisateur ne prend pas parti : cette vision de femme n’est ni dans sa tête, ni fantastique.

(C) : C’est un film intéressant car il traite de la confrontation à une autre culture (deux belges en Argentine), aspect important dans le thème du voyage, qui était le thème du Festival en 2012. Tous les films étaient très bons visuellement, mais dans celui-là, il y avait un travail supplémentaire sur le son.

 

Vous faites des études de cinéma : avez-vous souvent l’occasion de voir des courts métrages?

(L) : Parfois, la Cinémathèque universitaire programme des courts métrages, sinon, c’est à nous de le faire par nous-mêmes.

(D) : La fac ne propose pas d’enseignement sur les courts métrages, seulement sur les longs métrages et la télévision.

 

Combien de temps cela vous a-t-il pris d’être jury du prix jeune critique? Qu’est-ce que cela vous a apporté?

Des rencontres enrichissantes

(L) : Cela a pris une après-midi de visionnage suivie d’une heure de délibérations. Nous avons ensuite rencontré certains des réalisateurs lors d’un cocktail. Ces rencontres étaient à la fois sympathiques et enrichissantes car ils ont plus d’expérience que nous.

(C) : Nous avons beaucoup discuté, le dialogue était très fertile, ils nous ont raconté comment ils avaient fait leurs films.

(D) : Il n’y avait pas de hiérarchie, c’était vraiment très agréable.

Le jury était composé de lycéens et d’étudiants en cinéma. Avez-vous senti des différences dans la manière d’analyser les films, d’en parler ou de vivre l’événement?

(D) : Pendant les délibérations, les lycéens ont beaucoup participé. Ils ont été plus touchés par Paris Shanghai, peut-être parce que le film a pour personnage principal un lycéen.

(C) : Les lycéens analysaient très bien le rythme, le scénario, le ressenti, le subjectif. Les étudiants rajoutaient à cela un intérêt pour la technique.

 

Que vous a apporté le fait d’être jury du Prix jeune critique?

(L) : C’est la première fois que je participais à un jury. C’est très intéressant, ça permet de réfléchir.

(C) : C’était ma deuxième expérience, j’avais déjà participé à un jury en Espagne. J’aime beaucoup ça, surtout le processus, le dialogue et l’énorme quantité de films qu’on voit. Il y a vraiment une différence entre être jury et être simple spectateur.

(D) : On est plus attentif ainsi, on compare plus, au lieu d’apprécier chaque film comme un tout isolé.

(C) : On sent le poids et la responsabilité de son choix et de son analyse. Il faut être attentif à tous les détails. Quand on est spectateur, on peut se détendre.

(D) : J’ai cherché l’objectivité dans mon jugement.

(L) : Moi, au contraire, j’ai jugé ce que j’ai le plus aimé, je n’ai pas essayé d’imaginer ce que les autres allaient aimer le plus.

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