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Train, vapeur et vitesse sur grand écran

21 mai 2012
Le symbole de la modernité le plus photogénique

A la suite de l’arrivée du train en gare de la Ciotat filmée par les frères Lumière, le train devient un thème récurent du cinéma. Le train est à la fois symbole de la modernité le plus photogénique à l’écran – bien plus que l’avion par exemple – mais c’est également la machine qui se rapproche le plus de la mécanique cinématographique. Cette idée de mouvement, de vitesse et de défilement d’images lie dès le début le train et le cinéma. Les rails rappellent la pellicule dont chaque image est séparée par une bande noire, les fenêtres des wagons sont autant d’écrans où défilent d’éphémères images, la locomotive avec ses roues et son mouvement répétitif suggère une caméra et un projecteur comme le rappelle Liu Na’ou dans ses articles à Shanghai dans les années 1930. Outre ces similarités, le train devient rapidement dans le cinéma – de propagande en particulier – ce qui permet le développement moderne de la nation et le symbole même de ce développement.

Documentaire sur le chemin de fer taïwanais

En effet, le train plus que tout autre moyen de transport marque le territoire avec ses rails démontrant la maîtrise humaine / gouvernementale et le train à l’écran rend palpable la vitesse, la modernité, la mécanique huilée d’une avancée inexorable vers un avenir radieux.

Le train ou la vitesse graphique de la vie moderne

Ce n’est donc pas un hasard si Berlin,  Symphonie d’une grande villede Ruttmann (1927)  s’ouvre par une séquence qui suit un train lancé en pleine vitesse dans la campagne allemande avant son arrivée en gare. La caméra embarquée dans le train montre le paysage qui se transforme passant de la campagne, à la banlieue à la ville. C’est le train qui lance la folle journée berlinoise cadencée par les transports en commun et la vitesse graphique de la vie moderne. La caméra depuis le train permet donc de donner une image du territoire dans son horizontalité et sa diversité géographique.

Documentaire sur le chemin de fer taïwanais

Un film tel que Turksib de V. Turin (1929) montre ainsi à l’écran la construction entre le Turkestan et la Sibérie qui métaphorise l’éveil à la « civilisation » en Asie centrale sous l’égide soviétique. Dans ce film, la construction du chemin de fer figure le développement en action. Toujours en URSS, le train devient l’immense trait d’union entre les républiques satellites et le centre. Ainsi le long voyage entrepris par le jeune garçon et son grand-père dans La terre de nos pères de Chaken Aïmanov (1962), permet au jeune héros kazakh de passer de la périphérie au centre névralgique de l’Union soviétique, centre dont il ne connaît que les noms et qu’il découvre enthousiaste. Le train unifie un territoire disparate et rassemble dans un lieu clos, le wagon à bestiaux des personnages de issus de tous milieux, le professeur russe, le mystérieux Tchéchène, le passeur comme une métaphore de l’URSS même.

Pour d’autre pays, le train dans son parfait fonctionnement devient le signe de la maîtrise technologique et de la modernité même. Ainsi, le Japon dans ses documentaires films de propagande filmés dans ses colonies le train tient une place prépondérante.

Documentaire sur le chemin de fer taïwanais

D’autre part, filmer le train met en évidence les prouesses techniques des ponts, et des tunnels. Filmer du train, en un long travelling permet de saisir la variété du paysage, mais surtout permet de prouver le développement de la colonie, puisque tout le long du passage du train, ce ne sont que poteaux électriques, usines à sucre – la grande consommation de sucre étant le signe d’une civilisation avancée- des champs de riz, des arbres fruitiers.

Des personnes déshumanisées pour montrer l’efficacité du train

La machine est au centre de cette réussite grâce à des personnes qui dans le film sont déshumanisées pour montrer leur efficacité. Le train est la mise en scène de l’efficacité du système où l’homme fait presque partie du système, puisque les corps sont réduits à des mains et à une partie de la machine qui occupe alors le centre de l’image. Dans ce cas, le train à l’écran devient alors substitut physique de la nation.

Wafa Ghermani, doctorante en études cinématographiques
à l’Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et Lyon 3 – Jean Moulin.

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