Festival de l'histoire de l'art
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Le Festival

Un thème annuel : Voyages

Les rapports entre les voyages et l’art sont multiples et changeants. Le Festival de l’histoire de l’art cherchera à en esquisser un portrait le plus complet possible.

Pris dans son sens large, le voyage est le sujet de beaucoup d’œuvres, quelles soient plastiques ou littéraires. Une quête initiatique fait voyager le héros dans le temps et l’espace pour atteindre une meilleure connaissance du monde et de lui-même. C’est le cas de Perceval dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes comme celui de Frodon dans le Seigneur des anneaux de Tolkien, mais aussi du Roi-singe et du bonze Xuanzang dans Le voyage en Occident de Wu Cheng’en ou celui de l’humanité dans 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick. L’iconographie des voyages réels ou imaginaires, voyages spirituels ou spatiaux, est abondante, depuis le voyage dans l’au-delà du Livre des morts jusqu’aux voyages extraterrestres des bandes dessinées contemporaines.

L’âme quittant le corps. Exemplaire hiéroglyphique sur papyrus d'une partie du Livre des Morts (Egyptien 3). ©BnF.

Le voyage peut aussi être créateur d’art

Mais si le voyage dans l’art peut être celui du personnage représenté sur l’œuvre, il peut aussi être celui des objets dont la translation permet de réunir des cultures très différentes, d’influencer l’histoire du goût ou des techniques; celui du spectateur qui se déplace pour aller voir expositions, biennales, spectacles et découvrir une culture nouvelle à l’autre bout de la terre ; celui des historiens d’art qui traversent les airs pour une bourse d’étude, un colloque, ou des fouilles archéologiques ; celui du collectionneur, du galeriste… Le voyage peut aussi être créateur d’art : on pourra étudier l’architecture des gares et des aéroports, l’or des carrosses royaux ou les bouchons de radiateur des Bugatti.

Gare Saint-Lazare : grande salle des Pas Perdus de la banlieue - Durandelle Louis-Emile©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Le voyage définit l’artiste

Le voyage est aussi une problématique que l’on retrouve, sous des formes différentes mais récurrentes, dans la vie des artistes depuis le Moyen-Age. Dans un monde où le chemin de fer n’existait pas, où l’endogamie était la règle, et où le voyage, entreprise périlleuse, était réservé aux marchands et aux soldats, l’artiste et l’artisan se distinguaient de leurs voisins par leur volonté de mouvement – le temps d’un apprentissage, ou d’une carrière entière. Ainsi, les bâtisseurs de cathédrales se déplaçaient de chantier en chantier, Gentile Bellini a fait carrière auprès du Grand Turc, tandis que le voyage à Rome est devenu un passage obligé à partir du XVIIe siècle. Au XIXe siècle, le voyage définit encore plus l’artiste romantique. Baudelaire décrit les génies de la peinture comme les phares de l’humanité, et fait du Voyage une course folle de l’âme insatisfaite, tandis que Gauguin illustre son propos en voguant vers Tahiti chercher les “vastes voluptés, changeantes, inconnues” qu’il ne pouvait trouver en France.

Et aujourd’hui ?

Mais qu’en est il de nos jours? La rapidité des transports actuels a transformé sa définition. Pour les marchands vénitiens, la Chine est un Eldorado dangereux que l’on atteint seulement après de longs mois, parfois des années, le long de la Route de la Soie. Pour la plupart des voyageurs d’aujourd’hui, c’est une destination touristique à découvrir en deux semaines après un voyage inconfortable de neuf heures en classe économique. La magie de la découverte s’opère une fois arrivé à destination, et non lors du déplacement. Le voyage ou le non-voyage peut alors lui-même devenir une œuvre, comme le voyage en Transsibérien, rideaux fermés, de Gerz.

Estampes Route de montagne, Compiègne, musée de la voiture © RMN-GP - Gérard Blot

S’interroger sur les liens que l’art entretient avec les voyages

Le Festival de l’histoire de l’art se propose, pour sa deuxième édition, de s’interroger sur les liens que l’art entretient avec les voyages. Parce qu’il touche toutes les formes d’art – architecture, peinture, sculpture, cinéma, mobilier -, à toutes les échelles : la technique, le matériaux, l’objet, l’homme. Parce qu’il permet de s’intéresser à tous les territoires de l’art, et non pas simplement à l’art occidental. Parce qu’il permet de réunir de très nombreuses spécialités : archéologie, ethnographie, littérature, musique, histoire de l’art, certes, mais aussi botanique quand on considère les dessins des naturalistes dans leurs voyages autour du monde, ou la théologie – pensons au rôle des jésuites missionnaires dont les journaux de voyage lancèrent la mode des chinoiseries en Europe. Gageons que ce thème fédérateur saura trouver son public autant que la folie en 2011.