Festival de l'histoire de l'art
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Le Festival

L’art et l’éphémère

Des sculptures en sucre aux féeries pyrotechniques des fêtes royales, les arts de l’éphémère ont créé des œuvres éblouissantes dont il reste peu de traces aujourd’hui. La notion de l’éphémère est aussi très présente dans l’art contemporain, mais une fois passé le temps de la performance, où voir cet art de l’instant ? Le Festival sera l’occasion de redécouvrir tous ces moments évanescents.

 Bibliothèque de l'Institut National d'Histoire de l'Art, collections Jacques Doucet

Bibliothèque de l’Institut National d’Histoire de l’Art, collections Jacques Doucet

L’art s’est manifesté dès les premières pierres levées ou les premières peintures comme une tentative soit de magnifier l’éphémère (célébrations festives, ornements temporaires des corps…) soit de le défier (en cherchant à capter la fugacité du mouvement ; ou en  laissant une trace durable par la construction d’édifices pérennes). L’histoire de l’art oscille ainsi entre permanence et impermanence, entre deux pôles opposés : le monument et la performance.

Pourquoi les sociétés ont-elles investi dans l’éphémère?

À partir de ce constat, plusieurs questions peuvent être posées, qui concernent aussi bien les historiens que les créateurs, les conservateurs que les spectateurs. Pourquoi les sociétés ont-elles investi dans l’éphémère ? L’éphémère est-il forcément futile ? Ne donne-t-il pas à voir ses structures profondes dans les cérémonies, les architectures éphémères, les costumes, les spectacles pyrotechniques et forains, etc.? Faut-il conserver à tout prix ? Comment conserver ou reproduire (re-enactement) des œuvres d’art conçues pour être éphémères et faites de matériaux périssables ? Comment conserver le patrimoine des arts vivants ?

Le Festival s’interrogera sur la notion de l’éphémère dans l’art à travers quatre grands axes : les arts de l’éphémère ; la notion d’éphémère dans l’art contemporain ; éphémère et permanent au musée ; l’iconographie de l’éphémère.
 
Art de la fête, art de la table, art de la mort

Jérôme de La Gorce, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des arts de l’éphémère de l’époque moderne, est au comité scientifique du Festival de l’histoire de l’art. Il évoque l’importance de cet aspect méconnu de l’histoire de l’art. « L’art de l’éphémère associe dans une parfaite harmonie l’architecture, la peinture, le costume, la musique et d’autres spécialités où leurs auteurs pouvaient exceller. Cela concerne les fêtes, mais aussi les représentations scéniques et les cérémonies, notamment les impressionnantes pompes funèbres, pour lesquelles on dépensait des sommes considérables. Le recours à ces grands décors avait même remplacé à la cour de France, dès le XVIIsiècle, la réalisation de tombeaux pérennes sculptés. Le Festival de l’histoire de l’art sera l’occasion d’évoquer ces œuvres qui n’ont duré que le temps d’une journée et que l’on ne connaît aujourd’hui qu’à travers des estampes commémoratives, les livres de comptes, et par l’abondance des écrits qui nous sont parvenus.
L’originalité de l’art de l’éphémère réside dans sa capacité à proposer toutes sortes de transformations. Contrairement aux créations pérennes, le mouvement qu’il adopte souvent n’est plus seulement suggéré. Il donne lieu à des effets recherchés en associant volontiers différents arts dans les jardins, celui des jets d’eau et, la nuit, celui des fusées des feux d’artifice par exemple. Ces métamorphoses sont enfin souvent accompagnées d’animations: personnages incarnés par des interprètes ou êtres feints fabuleux, capables d’entraîner le public dans un univers féerique, le merveilleux. »

Bibliothèque de l'Institut d'histoire de l'art, Collection Doucet, Livre de Fêtes

Bibliothèque de l’Institut d’histoire de l’art, Collection Doucet, Livre de Fêtes

« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent » (Baudelaire, Le peintre de la vie moderne).

L’éphémère dans l’art parcourt de manière transversale nombre de mouvements artistiques du XXe siècle, à la suite de certaines attitudes artistiques nées pendant les avant-gardes historiques – Dada, Merz, Futurisme, Bauhaus -, en en embrassant parfois l’ensemble des pratiques ou ne retenant que quelques œuvres : Post Dadaïsme, Body Art, Nouveau Réalisme, Arte Povera, Land Art… L’art éphémère s’inscrit ainsi dans le déploiement international des avant-gardes artistiques. En rupture avec la traditionnelle acceptation de l’art envisagé comme objet matérialisé, autonome et offert à la contemplation, l’art éphémère opère dans le champ de la création une révolution esthétique. Deux types de pratiques artistiques aboutiront à la création de cette nouvelle esthétique : celle qui pose l’acte au cœur de la création – l’œuvre rejoint le temps de l’expérience humaine ; et celle qui inscrit l’œuvre dans un rapport d’unicité temporaire avec son lieu d’exposition – l’artiste n’intervient que le temps d’une œuvre. Dans les deux cas, la durée d’existence est limitée, mais l’œuvre en disparaissant affirme son identité.

Anna Maria Maiolino Street performance, Rua Carodoso Junior, Rio de Janeiro, 1981 (c) Service audiovisuel - Centre Pompidou, MNAM-CCIDist. RMN-GP.jpg

Anna Maria Maiolino Street performance, Rua Carodoso Junior, Rio de Janeiro, 1981 (c) Service audiovisuel – Centre Pompidou, MNAM-CCIDist. RMN-GP.jpg

Collections permanentes, expositions temporaires?

Le sujet engage également un questionnement important sur les conceptions fort différentes du rapport entre éphémère et durable dans les cultures et les arts du monde, ainsi que sur la politique muséale, tiraillée aujourd’hui entre collections permanentes et expositions temporaires. Pierre Rosenberg, de l’Académie française, regarde avec appréhension « la tendance actuelle de favoriser, au sein d’une politique muséale, les expositions temporaires plutôt que la collection permanente, sa présentation, sa restauration et sa conservation. Ce déséquilibre ne touche pas seulement la France : en Allemagne, des musées aux collections magnifiques sont aujourd’hui fermés, pour n’ouvrir que le temps des expositions. Il est naturel de faire revenir le public au musée par des événements sur un thème ciblé, mais le rôle du musée est également la conservation et la présentation de sa collection dans son ensemble, et ce rôle est en péril aujourd’hui ». Le Festival s’intéressera également à ce qui reste de l’exposition : son catalogue.

L’iconographie du temps qui passe

Comment représenter le fugitif et l’instant sur un support durable? Comment piéger l’instantané du mouvement? C’est peut-être la quête profonde de tout artiste que de retenir et de traduire la vie dans son essence éphémère. Le festival s’intéressera à l’éphémère en tant que représentation figurée de la fuite du temps. Un arc-en-ciel, une vanité, le mouvement des chevaux au galop, une chute sur un vase grec pour symboliser le passage de l’âme hors de son corps, autant de sujets de l’éphémère qui surgissent dans les œuvres de l’Antiquité à nos jours.

Le Festival 2013 est l’occasion de faire connaître des pans de recherches nouveaux ou renouvelés sur des aspects moins connus de l’histoire de l’art : l’architecture éphémère, les arts de la table, les arts prenant le corps pour support (coiffure, tatouages…), la performance, les formes courtes de l’image mobile (clips et interventions d’artistes dans divers supports de communication)… Il doit permettre ainsi de montrer les échos possibles entre périodes et aires géographiques très différentes, entre les arts visuels et les arts du spectacle vivant et, toujours, entre l’histoire de l’art et les sciences humaines, entre l’histoire de l’art et les créateurs d’aujourd’hui.