Le Festival

Le Royaume-Uni, pays invité

Chaque année, le Festival invite des intervenants d’un pays pour comparer leurs méthodes en histoire de l’art, leurs pratiques de restauration, leur politique muséale ou leurs institutions avec celles de la France. En 2013, c’est le Royaume-Uni qui a été invité.

Un pays précurseur dans l’histoire des musées, et une communauté engagée dans l’art

En 1683, L’Ashmolean Museum, à Oxford, était le premier musée au monde à ouvrir ses portes au public. Fruit d’une initiative privée, ce musée est symptomatique d’une élément typiquement britannique : les initiatives privées sont beaucoup plus nombreuses dans le domaine du patrimoine qu’en France. La fondation, à la fin du XIXe siècle  du National Trust, a sensibilisé le public à la nécessité de protéger le patrimoine et l’a impliqué financièrement dans cette protection. Cette implication a peut-être un rapport avec la tradition du connoisseurship, plus forte au Royaume Uni qu’en France, qui s’est développée au XIXe siècle et reste un « sport » très apprécié aujourd’hui. L’archéologie était aussi devenue une passion pour l’aristocrate britannique du XVIIIe siècle et cet amour de l’Antiquité a perduré au XIXe siècle, à l’époque où l’Empire Britannique menait certaines fouilles archéologiques les plus importantes en Égypte, en Grèce ou en Irak.  Beaucoup de ces connaisseurs ont choisi de rendre publiques leurs collections et ainsi enrichi les fonds muséaux, tel celui du British Museum, ouvert dès 1759, bien avant le Louvre.

Victoria & Albert Museum, Hall of Replicas

Ces collections  sont également présentées très tôt dans un souci d’enseignement, que ce soit une volonté du conservateur de mettre en scène les objets  pour leur donner une vie dans le musée, ou un désir de présenter aux jeunes artistes anglais les objets d’histoire de l’art dont ils pourront nourrir leur inspiration. La period room, salle où l’on recrée l’atmosphère d’une époque en associant des objets qui n’ont jamais été, historiquement, présentés ensemble, est une pratique typiquement anglo-saxonne. Le Victoria & Albert Museum, qui s’est fait une spécialité de cette pratique, est également une galerie de copies de sculptures et monuments destinée à ceux qui ne peuvent aller admirer les originaux à Rome. Par sa muséologie, le Royaume-Uni a su être inventif et précurseur, et la question du display, de l’accrochage, est au centre des recherches actuelles.

L’enseignement de l’histoire de l’art doit beaucoup aux Allemands

En revanche, le Royaume-Uni n’a pas été parmi les premiers à inclure l’enseignement de l’histoire de l’art à l’Université. L’histoire de l’art britannique et l’histoire de l’art au Royaume-Uni sont nées de traditions allemandes : au XIXème tout d’abord, quatre grandes collections privées et la grande exposition Art Figures de Manchester en 1855 sont organisées par des historiens de l’art allemands, à la suite de la visite de Gustav Waagen et de Johann David Passavant en Angleterre. Leurs travaux, traduits en anglais par les Eastlake, un couple responsable de la National Gallery à l’époque, ont ainsi trouvé un public. En marge de l’histoire de l’art s’est également développé un intérêt très fort des anglo-saxons pour les arts décoratifs, qu’ils soient industriels (Victoria & Albert Museum) ou rustiques et anti-modernistes (Ruskin, William Morris).

Méthodes innovantes et grands historiens d’art britanniques du XXe siècle

Dans un deuxième temps, l’histoire de l’art britannique s’est enrichie de l’arrivée, au XXème siècle, des historiens de l’art allemands en exil. La fondation des Instituts Warburg et Courtauld, dont la place est toujours centrale aujourd’hui, a mis en relief de grandes figures de proue de l’histoire de l’art britannique comme Ernst Gombrich et accéléré la création de départements d’histoire de l’art dans la plupart des grandes universités. Là, de nouvelles méthodes en histoire de l’art ont vu le jour : l’Angleterre est, paradoxalement, le lieu où s’est développé l’histoire de l’art marxiste, en particulier à Oxford dans les années 1930. Le plus emblématique des ces historiens marxistes est Anthony Blunt, le conservateur des collections de la Reine, qui était, également, un espion du KGB ! Frederik Handel, un exilé hongrois au Warburg Institute, était également marxiste, ainsi que Francis Klingender, un spécialiste de l’art de la société industrielle. Mais d’autres méthodes innovantes sont également nées au Royaume-Uni : les crossover studies (études inter-disciplinaires) sont une spécialité des approches anglo-saxonnes (études féministes à la suite de Griselda Pollock, gender studies, sociologie des média, cultural studies). Norman Bryson, par exemple, a mélangé histoire de l’art et études littéraires. Souvent, ces études s’intéressent aux objets d’art éphémères (performances, installations, Land Art, etc.).