Festival de l'histoire de l'art
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Le Festival

Matière de l’œuvre

Le comité scientifique du Festival de l’histoire de l’art a choisi de mettre la matérialité de l’œuvre d’art en valeur. Il s’agira de comprendre les relations entre la création et les matériaux.

Matière de l'oeuvre

Auguste Rodin, Camille Claudel © Musée Rodin, photo Christian Baraja ; Robert Henke, Destructive Observation Field, Le Fresnoy, 2014 © courtesy of the artist, photo Anna Katharina Scheidegger

Les relations entre création et matériaux impliquent aussi l’imaginaire et le langage. Combinaison ou invention de matériaux, jeux sur l’authentique et le factice, le pauvre ou le précieux ou encore remploi et recyclage : la matière est non seulement utilisée, mais transformée par les gestes humains, dont le geste artistique est une catégorie particulière, qu’on essaiera de cerner.

Comment et pourquoi les artistes choisissent-ils un matériau ? On interrogera aussi le rapport de chacun d’entre nous à la matérialité de l’œuvre. À l’heure où se développent les moyens virtuels de visualisation, il s’agit de comprendre ce qu’apporte une expérience directe de l’œuvre. Si la dématérialisation caractérise nombre d’expériences artistiques du XXe et du XXIe siècle, comment ces œuvres interrogent la matière elle-même ? Quel est leur support matériel et technique ? L’opposition du matériel et du virtuel apparaît en partie factice, tant par la complémentarité entre matériel et immatériel dans la création et l’expérience de l’art, aujourd’hui comme hier.

Art et techniques

En 1929, les mécènes de l’avant-garde Marie-Laure et Charles de Noailles imaginent un bal des Matières où Charles arbore un smoking en plastique! On verra comment l’apparition de nouveaux matériaux ont inspiré ou inspirent les artistes. Plusieurs stylistes ou designers viendront présenter leur travail sur les matières du futur (Iris van Herpen (sous réserve), François Azambourg…). L’architecture est marquée par les innovations techniques : l’emploi du fer, ou du béton, caché ou manifeste, est en débat au XIXe et au XXe siècle. La photographie, elle aussi, est marquée par les changements techniques. Ces derniers conditionnent aussi la connaissance et la restauration des œuvres : tout récemment, l’accélérateur de particules (synchrotron) Soleil de Saclay a été utilisé pour pénétrer les secrets de fabrication d’œuvres peintes ou de cuirs polychromes.

Les matériaux évoluent avec le temps, selon des processus qui peuvent intéresser les créateurs, qui les combattent ou les accélèrent. JohanneLamoureux reviendra sur «la viande, matière à sensation» dans le travail de Jana Sterbak. La destruction de la matière fascine dans les ruines.

De l’antiquité à nos jours, le remploi de matériaux est très important en architecture et en sculpture notamment, mais aussi dans le cinéma, avec la pratique de récupération de morceaux de pellicules (le found footage). Une lecture des Pierres
de Venise
de Ruskin par Olivier Balazuc nous rappellera combien la cathédrale Saint-Marc est un trophée de marbres pillés dans toute la Méditerranée.

MAO 936-593 Détail2 (1)

Fragment de carreau à l’oiseau sous une branche fleurie, détail, Iran, XVIIe siècle céramique à décor de ligne noire, MAO 936/593, musée du Louvre © Lucile Martinet

Vrai ou faux? Pauvre ou précieux?

Avec la destruction, le remploi et le recyclage, on approche la question de l’authenticité de l’œuvre. Celle-ci tient-elle à ses matériaux originaux ? Mais combien de pierres d’origine reste-t-il dans l’escalier en fer à cheval du château de Fontainebleau ? L’architecte chargé de sa restauration, Patrick Ponsot, nous en fera une visite guidée. Au Japon, les temples sont régulièrement détruits et reconstruits à l’identique : ce n’est pas l’ancienneté des matériaux qui importe. On s’interrogera sur les écoles de restauration des œuvres et des monuments : dans quel mesure faut-il compléter, substituer ? À quel moment le souci de retrouver un état antérieur, plus « original » de l’œuvre, conduit-il à inventer voire à créer un faux ?

 

Le faux peut être recherché pour des raisons économiques ou plastiques. On montrera la richesse des créations en matériaux factices (carton pierre, stuc, mastic…), sans oublier les trompe-l’œil, faux-marbres etc. L’imitation des matières est déjà très présente en Egypte ancienne, comme le montrera Karine Seigneau (docotrante à Lyon II).

 Vrai ou faux ? Précieux ou pauvre ? Des matériaux sont considérés comme nobles ou précieux, d’autres comme pauvres et méprisables : mais ces hiérarchies changent selon les temps et les lieux. Et des mouvements ou attitudes artistiques revendiquent l’emploi de matières dédaignées ainsi l’arte povera, dans les années 1960

Moulage d'une brique, architecture traditionnelle en terre au Mali © Vincent Laureau

Moulage d’une brique, architecture traditionnelle en terre au Mali © Vincent Laureau

Lest arts extra-européens à l’honneur

Cette année, le Festival s’ouvre davantage aux arts extra-européens, grâce à un ensemble d’interventions croisant histoire de l’art, archéologie et anthropologie, avec Pierre Lemonnier, Frédécric Joulian, PierreSoulier, Nathan Schlanger… On découvrira les ignames décorées de Papouasie-Nouvelle Guinée sous l’œil de Ludovic Coupaye. L’Ecole Française d’Extrême Orient nous proposera un voyage dans les arts du Cambodge, autour d’ensembles statuaires récemment découverts, ainsi que des métaux dans les arts khmers.

Entre histoire et création contemporaine

Cette année encore, le thème du Festival permet d’accueillir de nombreux artistes, qui reviennent sur l’ensemble de leur œuvre, comme Joseph Kudelka ou Steina et Woody Vasulka (sous réserve), ou qui donnent l’occasion de découvrir une oeuvre, comme celle du designer Jean-Baptiste Fastrez ou encore du plasticien Christiaan Zwanikken.