Festival de l'histoire de l'art
Proposez une intervention

Le Festival

Appel à communication : Rire (appel clos)

 

Peace for Paris

Le Festival de l’histoire de l’art

Le ministère de la Culture et de la Communication, l’Institut national d’histoire de l’art et le château de Fontainebleau s’associent, avec le concours du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, pour proposer la 6e édition du Festival de l’histoire de l’art. Conçues comme un carrefour des publics et des savoirs, ces trois journées offrent conférences, débats, concerts, expositions, projections, lectures et rencontres dans le château et dans plusieurs sites de la ville de Fontainebleau.
Le Festival explore chaque année un thème — 2016 sera consacré au Rire — et propose trois rendez-vous : le Forum de l’actualité, qui accueille un pays invité, cette année l’Espagne, le Salon du livre et des revues d’art et Art & Caméra, la section film et vidéo du Festival. Le Festival est aussi l’occasion de propositions pédagogiques pour l’enseignement de l’histoire des arts à l’école, à travers une Université de printemps et des ateliers pédagogiques proposés et soutenus par le ministère de l’Éducation nationale.
L’appel à communication s’adresse à des chercheurs français et étrangers, de préférence francophones, confirmés ou débutants. Les propositions de jeunes chercheurs, conservateurs ou encore restaurateurs seront examinées avec une attention particulière. Afin de donner à tous la possibilité d’intervenir, priorité sera donnée aux candidats qui n’ont pas été au programme des deux dernières éditions du Festival.

Le thème : Rire

Le prochain Festival de l’histoire de l’art invite à nous intéresser à la question du rire. À la croisée entre le drame de Charlie Hebdo et une floraison de publications et de manifestations scientifiques consacrées à la caricature, à la satire, à la folie, à la joie et au rire, cette question s’avère d’une grande actualité en interrogeant tout aussi bien notre connaissance du passé que les grands problèmes auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés.
La vocation de telles rencontres, où se retrouvent des publics très différents (spécialistes, étudiants, amateurs, curieux), est avant tout d’illustrer le plus grand nombre possible de facettes et d’exemples représentatifs de cette problématique, de réunir un vaste éventail de points de vue complémentaires et d’approches différentes, pour des artistes et des objets relevant des époques et des techniques les plus variées. Les interventions viendront s’inscrire dans plusieurs grands thèmes fédérateurs, susceptibles de rendre compte de la multiplicité des spécificités historiques, des usages et des fonctions, des contextes, des supports et des médiums, des sujets et des procédés, ainsi que des modalités d’approche objectives ou subjectives, transitives ou réflexives, des différentes manifestations du rire dans les arts visuels.
Ces thèmes pourront être : les pratiques de la dérision (caricature, satire, journaux satiriques) ; la peinture comique/peinture de genre ; les figures du rire/personnages comiques (Démocrite, fou, bouffon, clown, Silène, satyres et bacchantes) ; le rire et le jeu ; le rire et le sacré (rire des dieux, rire de dieu, rire du diable, rire et rituels) ; les lieux et les moments du rire (rire à table, carnaval, jardins, théâtre, cinéma, rue) ; les degrés et les formes du rire (savant, grivois, burlesque, facétieux) ; les grotesques et le grotesque ; le rire et sa représentation ; le rire, le corps, la sexualité ; rire de soi (autodérision, sens de l’humour) ; le rire et la censure (rire interdit, blasphématoire, rire de résistance) ; rire et divertissement (rire d’évasion, régénérateur, cathartique) ; la place du rire (marge, encadrement, ornement), etc.
Nous souhaitons ainsi prendre en considération et interroger les nombreuses expressions artistiques du rire, les sujets et les procédés mis en place par le langage figuratif pour faire rire, mais aussi les rieurs eux-mêmes et les différentes modalités de réception et de création des images censées faire rire. Il s’agira de se questionner sur les spécificités du comique visuel, différentes du comique verbal, de se demander quelles sont ses formes et ses techniques privilégiées. Si le phénomène du rire échappe à toute sorte de classement uniforme, il est néanmoins remarquable qu’il s’incarne dans des représentations, dans des corps et des visages ; l’iconographie des rieurs, la tradition de la caricature, les modes de représentation et de déformation du corps ou le monstrueux en sont quelques exemples.
Le rire touche jusqu’au sacré : au-delà des dieux de la tradition païenne qui rient volontiers et à l’opposé de sa dégradation diabolique, le rire finit, contre toute attente, par s’infiltrer dans certaines images et certains rituels religieux. Par ailleurs, le rire du philosophe n’est pas celui de l’ivrogne, le rire spontané n’est pas celui que peut engendrer un réseau d’allusions discrètes et de métaphores qu’il faut décoder. Il y a des degrés du rire (le sourire en serait la quintessence), des pratiques culturelles du rire (le genre burlesque n’est plus si aisément compréhensible, l’humour anglais ou le warai japonais relèvent de spécificités nationales), et des fonctions sociales et politiques.
Le rire concerne également la sphère esthétique et la pratique artistique. L’art peut ainsi le provoquer involontairement quand, visant à la grandeur, il sombre dans le ridicule. Au cœur du processus créatif, le rire est parfois présent, même si les interprétations des historiens de l’art tendent à le relativiser. La critique d’art use de l’effet comique pour ridiculiser une œuvre ou le travail d’un artiste. Au sein même des mondes de l’art, les artistes se gaussent les uns des autres, ou stigmatisent parfois férocement les amateurs, les critiques, voire les exégètes de leur travail. La parodie d’autres œuvres, et d’une façon plus générale la satire, participent à la création ne serait-ce que pour rejeter une tradition établie en s’en moquant.
Les registres adoptés et les modalités de réception ne sont pas moins déterminants. De quelle manière les images cherchent-elles à nous faire rire ? Qui rit de qui et de quoi ? Rire d’une image entre-soi, c’est exclure ceux dont elle fait rire et tous ceux qui ne la comprennent pas. Le phénomène est d’autant plus sensible que les images circulent toujours plus facilement et rapidement.
Le rire repose sur des déterminations culturelles et historiques très fortes qu’une approche anthropologique permet de mettre en perspective. Au moment où certaines images suscitent des réactions d’intolérance, interroger leur rapport au rire peut contribuer à la réflexion sur leur pouvoir.

Plan de l’appel à communication

1. Procédés et stratégies
a. Caricature, satire, parodie, canular, dérision
Depuis l’Antiquité, on admet que le rire engendre un sentiment de supériorité chez le rieur. Par ailleurs, très tôt le ridicule a été associé à une laideur de type physique ou morale. Quels sont donc les procédés figuratifs et les stratégies mises en place par les images pour susciter le rire du spectateur ? Quels sont les finalités et les divers enjeux susceptibles de se dissimuler derrière l’effet comique de ces représentations qui suscitent la dérision à l’égard de quelqu’un ou de quelque chose ?
b. Spécificités du comique visuel, techniques et médias
Quelles sont les particularités du comique visuel ? En quoi ses procédés se différencient-ils de ceux du verbal et du textuel ? Changent-ils d’un art et d’un médium à l’autre ? L’effet induit par la durée dans le cinéma est-il perceptible dans l’image fixe ?

2. Formes du rire
a. Peinture comique/peinture de genre
L’étude des corpus iconographiques et des genres artistiques dédiés au rire suppose-t-elle des approches et des méthodes spécifiques ? Interroger l’origine littéraire ou artistique de ces genres, leur fortune historique, permet d’interroger aussi l’histoire de la représentation des comportements inconvenants, la dimension morale de la satire sociale ou encore le rapport entre les arts figuratifs et la culture carnavalesque.
b. Les grotesques et le grotesque
Les transformations du familier et de l’habituel en quelque chose d’étrange, de merveilleux, de menaçant, les paradoxes et les renversements typiques de la syntaxe des décors grotesques, l’association au « bas corporel » du principe grotesque peuvent susciter le rire, mais soulèvent une contradiction apparente avec le discours sur les arts, qui préconise la quête de la mesure et de l’harmonie. Quel est le potentiel subversif du rire dans le cas de telles déformations ? Quelles formes peuvent-elles prendre ?
c. Gestes et actions
Mimiques, attitudes corporelles, gestes obscènes et risibles sont souvent employés par les artistes pour charger leurs images d’un effet comique, pour rendre une situation ou une action ridicules. Sur quels principes repose une telle syntaxe comique ? Quel est son rapport avec le monde du théâtre, l’univers de la comédie ou encore avec la réalité quotidienne ?
d. Jeu et rire
Johan Huizinga a reconnu dans le jeu l’un des principaux moteurs du rire. Quelles sont ces images où, depuis l’Antiquité, les univers du jeu, du divertissement et du passetemps se mêlent à celui du rire ? Comment se conjuguent parfois le sérieux et le plaisant ?

3. Histoires et anthropologies du rire
a. Historicité et esthétique
Certaines époques de l’histoire de l’art ont-elles joué plus que d’autres de l’effet comique ? Peut-on établir une périodisation qui conduirait à relativiser celles que l’histoire de l’art utilise ? La place du rire, souvent subalterne ou inférieure, évolue-t-elle selon les cultures, les époques et les hiérarchies esthétiques ?
b. Traditions culturelles et degrés du rire
Les échanges culturels mondialisés mettent paradoxalement en évidence les écarts entre les traditions culturelles comiques. Comment les différents types de rires s’incarnent-ils dans les images selon les cultures et les civilisations ? Le rire contribue-t-il à relativiser les frontières du savant et du vulgaire ?
c. Rire et sacré
« Le sage ne rit qu’en tremblant » écrivait Baudelaire. Le rire est-il compatible avec le sacré et ses imageries diverses selon les dogmes et les croyances ? Le rire participe-t-il lui-même d’une forme de rituel social qui passerait par les images?
d. Rire et politique
Le rire entretient des liens complexes et contradictoires avec le pouvoir. Si d’une part, il porte en lui une conception du monde subversive, d’origine populaire, qui s’incarne, par exemple, dans l’expérience collective du carnaval avec ses renversements et ses excès, d’autre part les bouffons et les comédiens sont invités dans les cours des rois, des princes et des papes, ils jouissent d’une liberté de parole et sont garants du lien entre la culture populaire et la culture savante. Or, à une époque comme la nôtre où le rire s’adapte à la médiatisation et occupe une place incontournable dans la communication politique et publicitaire, peut-il conserver son potentiel de résistance, sa capacité à transgresser la norme et à se jouer des tabous ? Les images sont-elles porteuses d’un rire de liberté, de résistance ou bien de convenance, de connivence voir d’asservissement ?

4. Figures du rire
a. Les types
Le rire s’incarne dans certaines figures et personnages comiques dont il est parfois aussi un attribut. On se moque volontiers des vieillards impuissants, des maris cocus, des jeunes naïfs ; on rit des bouffons, des pitres et des clowns ; Silène, satyres et bacchantes mettent en œuvre un rapport au plaisir et au rire placé sous l’égide de Bacchus et du vin ; putti, angelots, enfants expriment une joie de vivre qui sait susciter à la fois la tendresse et le rire. Qui sont ces personnages ? Par quels biais deviennent-ils agents du rire du spectateur ? Quelle est leur fonction au sein des images et dans la société ?
b. Le rieur
Le rieur est un personnage récurrent dans l’histoire des arts. Quelles sont les différentes acceptions et déterminations de ces figures dont les expressions fluctuent en fonction de leur signification, jouant parfois de l’ambiguïté avec la grimace ou la frayeur ?
c. Rire au corps, rire et sexe
Le visage et le corps riants font l’objet d’un intérêt constant de la part des artistes et des physiologistes. Le rire, forme de dérèglement soudain du corps et de la face, nait aussi du ridicule d’une figure difforme et grotesque. Quelles sont les modalités de ces phénomènes réflexifs ? Mais aussi quels sont les pouvoirs régénérateurs et les bienfaits du rire sur le corps ? Comment se déploient dans les images ses liens ancestraux avec la sexualité et la fécondité ?

5. Entre création et réception
a. L’humour de l’artiste
Si l’art est souvent sacralisé, l’image de l’artiste, très diverse, véhicule fréquemment une réputation de légèreté plaisante ou de provocation blagueuse. L’autodérision s’impose dans le milieu artistique comme une pratique qui participe à la constitution même du statut de l’artiste. Qu’en est-il dans la tradition biographique et dans la réalité ; quelles sont les formes d’expression qui en découlent ?
b. Le rire créateur, l’artiste performeur
Parodie et pastiche sont parfois mentionnés comme étant à l’origine d’idées créatrices. Ces attitudes sont-elles anecdotiques ou participent-elles de transgressions et de refondations esthétiques ? Les nombreuses plaisanteries visuelles, les rébus, les jeux de mots et mots d’esprit transposés en image, sont-ils révélateurs d’une prise de conscience de la valeur artistique du rire ?
c. Réceptions comiques et rire critique
Le succès d’une œuvre se mesure parfois aux satires qu’elle a suscitées. S’agit-il de faire écho à l’incompréhension du public voire de la provoquer ? La critique d’art peut également emprunter les voies de l’ironie et du ridicule. Quelle est la portée esthétique de ce phénomène ?
d. Les lieux et les pratiques
Un réseau de pratiques contribue parfois à l’expérience comique des images, en particulier quand celles-ci se jouent des attentes du public. Le rire se déploie-t-il dans des espaces spécifiques ? Est-ce qu’il y a des modalités, des protocoles à suivre pour préserver l’effet comique des images, pour le réactiver, l’actualiser ? L’architecture peut-elle être comique ?

Modalités de soumission et sélection des propositions

L’examen des propositions sera confié au comité scientifique du Festival de l’histoire de l’art. Les propositions doivent s’inscrire clairement dans le plan de l’appel à communication. La sélection cherchera à mettre en valeur tous les aspects évoqués dans ce plan et à représenter toutes les périodes historiques ainsi que des médiums et des situations géographiques variées, de manière à offrir un panorama le plus vaste possible.
Les projets de communication doivent impérativement se présenter sous la forme suivante : titre du projet, résumé en 400 signes, présentation d’une page maximum (3500 signes), CV avec bibliographie. Pour les projets de communication à plusieurs intervenants (débat, table ronde…), limité à quatre personnes, le porteur du projet sera clairement désigné et les noms, fonctions, coordonnées et CV seront donnés. Les projets doivent être déposés avant le dimanche 29 novembre 2015 minuit ici sur le site internet du Festival.
Les projets incomplets ne seront pas soumis au comité scientifique. Ils doivent être rédigés en français. Les décisions du comité scientifique seront délivrées à partir de mi-janvier 2016.
Voir la Liste des membres du comité scientifique et le programme de l’édition 2016.
Télécharger l’appel à communication en format .pdf.

pour en savoir plus :