Festival de l'histoire de l'art
Proposez une intervention

Le programme du festival

Filtrer les résultats

2 événements

Valentina Anker

Historienne de l'art

Y a-t-il un art suisse ? Du romantisme ...

Château de Fontainebleau - Conférence 31/05/2014 - 17h00 à 18h00
Découvrir l'événement

Y a-t-il un art suisse ? Du romantisme ...

Château de Fontainebleau - Conférence 31/05/2014 - 17h00 à 18h00
Oui, il y a un art suisse, mais il est difficile de le définir. La Suisse, petit pays aux hautes montagnes, est partagée par quatre langues : l’allemand, le français, l’italien, le romanche. Au XIXe siècle, siècle sur lequel se concentrera ma conférence, il n’y a pas, à part quelques exceptions, d’Ecoles d’art proprement dites et bien peu de structures d’exposition. Les artistes partent faire leur formation à Paris, à Düsseldorf, à Milan ou à Munich et Vienne. On trouve toutefois en Suisse des grands collectionneurs, les Reinhardt, Josef Mueller, Oscar Miller ou les Hahnloser. La Suisse du début du siècle est pauvre. A cela, se juxtapose un autre miroir de la Suisse : celui de l’industrie naissante et des Expositions nationales et internationales. Tournons-nous donc vers quelques artistes : Alexandre Calame, dont l’Orage à la Handeck (1839), ébranlera la peinture suisse par sa conception religieuse de la montagne. Pour ce calviniste ardent, croyant en un Dieu sévère, l’homme est quasiment absent de son univers pictural, ou minuscule, souvent abattu par les éboulements et les orages. Il est sensible à l’atmosphère inspirée par les savants, comme Auguste Pyramus de Candolle et Horace-Bénédict de Saussure, ou le glaciologue Louis Agassiz. Des marchands internationaux propulsent son œuvre dans toute l’Europe jusqu’en Amérique. Ses clients sont les têtes couronnées et l’aristocratie. Ferdinand Hodler, dont les deux centres de l’œuvre sont la nature et l’homme, est peut-être le peintre qui « représente » le plus la Suisse. Chez Hodler, la montagne est le haut lieu d’un sentiment cosmique, où l’homme trouve sa place dans son union à la nature. L’homme fait partie de cette nature : il devient colosse, symbole d’une Suisse forte et unie (Guillaume Tell, 1896-97), ou tantôt corps malade. La femme apprivoise la nature par ses mouvements de danse, unie au rythme cosmique, ce rythme propagé par le musicien Emile Jaques-Dalcroze. Hodler triomphe dans les Sécessions et ouvre la modernité. Le rêve et l’irrationnel pénètrent dans l’art suisse par l’œuvre de Johann Heinrich Füssli (ou Henry Fuseli, pour ce peintre suisse qui habitera l’Angleterre): le thème de La Nuit de Hodler (1889-90), où l’artiste lui-même se représente réveillé dans son sommeil par une succube (la mort ?), peut se comparer, tout en se distanciant, au Cauchemar de Füssli (1790-91), peint un siècle auparavant, où la dormeuse est en proie à des incubes. Arnold Böcklin se plonge dans le monde d’un autre savoir : celui de l’Antiquité, qui le porte à saisir la profondeur de l’irrationnel des mythes grecs et latins, qui le pousse dans les bois de la Campagne, près de Rome, qui respirent encore l’esprit de la terreur antique, peuplé de Pan, ou de centaures, ces mêmes bois où Nicolas Poussin avait peint Et in Arcadia ego (deuxième version, 1638-40), où les bergers découvrent la mort au centre de l’idylle. La mort hante la vie de Böcklin : il saura la transformer, l’apprivoiser par ses œuvres mystérieuses, dans un univers de mystère presque immobile, où se dirige inévitablement la barque de L’Ile des Morts (1880), tableau aimé ou possédé par des personnes aussi diverses que Lénine, Hitler, Clémenceau ou Freud. Le marchand munichois de Böcklin est Fritz Gurlitt. Le mystère changera de cap dans les voyages cosmiques d’Albert Trachsel, dans les firmaments d’Augusto Giacometti, dans les visions de Carlos Schwabe, ou les derniers tableaux de Segantini, si bien interprétés par le psychiatre Karl Abraham, et dans les œuvres d’autres artistes suisses du XIXe siècle qui seront évoquées.
Découvrir l'événement

Le chalet suisse : une Suisse plus ...

L’Âne Vert Théâtre - Conférence 01/06/2014 - 14h00 à 15h00
Découvrir l'événement

Le chalet suisse : une Suisse plus ...

L’Âne Vert Théâtre - Conférence 01/06/2014 - 14h00 à 15h00
Le chalet, construction en bois, se différencie selon les régions de la Suisse. Je parlerai de son « rôle » en Suisse depuis le XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle : le chalet vu par les peintres, le chalet habité par les peintres, le chalet du Village suisse à l’Exposition nationale suisse de Genève (1896) et à l’Exposition universelle de Paris (1900), sans oublier le rôle des grands botanistes et savants, tels qu'Auguste Pyramus de Candolle, Horace-Bénédict de Saussure et Louis Agassiz. Dans son poème Les Alpes (1729), Albert de Haller avait déjà exalté le chalet. Dans la Nouvelle Héloïse de Rousseau, où le jardin est l’archétype d’une nature « sauvage » entretenue par la main de l’homme, le chalet est lieu « d’amour et de plaisir ». « Aller au chalet » suggère une invitation à peine voilée. L’utilisation du chalet en tant que représentation coïncide avec la « découverte des Alpes » par les touristes et les artistes. Simple estampe coloriée, elle sera vendue en tant que souvenir. Le chalet devient de plus en plus ornement des jardins, non seulement en Suisse, mais aussi ailleurs : rappelons celui à l’Ile de Wight, que la reine Victoria, élève de Calame, fait construit dans le parc d’Osborne House, où son mari avait réuni une collection de tableaux suisses. L’Éboulement (1839), qui détruit un chalet, fut inspiré à Alexandre Calame par une catastrophe dans la vallée de Lauterbrunnen et par le Diorama Daguerre. Calame interprète là sa vision calviniste de la petitesse de l’homme et du Dieu qui punit. Philippe Jacques de Loutherbourg, qui a déjà une expérience comme scénographe, exécute un tableau intitulé Avalanche dans les Alpes …, (1803). Le bruit du chalet écrasé se mélange à celui de la neige en furie, comme dans un spectacle total, qu’il fera dans son théâtre Eidophysikon. Le chalet est objet de surprise pour les peintres, qui, dans leur marche en montagne, à la recherche du motif, le dessinent dans leur carnet. Il est objet d’étude dans les Leçons de dessin appliqué au paysage (1862-63) de Calame, qui en fait des lithographies où l’élève apprend, per gradus, à dessiner un toit, des murs en bois, un caillou à côté, une échelle en ruine, jusqu’à réussir son « chalet ». Le chalet sera aussi habitation d’artistes, comme pour Auguste Baud-Bovy, qui, dans le village d’Aeschi, cherche à être près non seulement de la montagne, mais aussi de la vie des paysans. Les bergers transporteront dans la neige ses toiles gigantesques, qu’ils rangeront dans des chalets. Rappelons aussi le chalet Kuoni, à Maloja, où Giovanni Segantini conçoit son Panorama de l’Engadine (jamais exécuté). C’est la Suisse moderne et industrielle que l’on exhibe en pleine ville à l’Exposition nationale suisse de Genève et à l’Exposition universelle de Paris. Le contrapposto sera le Village suisse, constitué de chalets, qui veut montrer la continuité avec la Suisse traditionnelle et montagnarde. Jules Allemand, constructeur français de jardin, y dessine le Jardin alpin, auquel participe aussi Henri Correvon, qui en 1902, bâtit le chalet Floraire, où il acclimatera la flore alpine. Au fond du jardin, logé dans l’immense espace d’une fausse montagne, le thème des Alpes continue avec le grandiose Panorama des Alpes bernoises, par les artistes Auguste Baud-Bovy, Eugène Burnand et Francis Furet. Ensuite, le chalet descend en ville et se multiplie dans une infinité de rôles : il indique encore un refus de la modernité, mais il hante toujours l’imagination et le rêve, même celle du Facteur Cheval, qui reproduit un chalet suisse dans son Palais Idéal.
Découvrir l'événement