Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

« C’est seulement auprès des Français que j’ai appris à peindre ». Les voyages d’artistes allemands à Paris, 1945-1960

02/06/2012 - 14h00 à 15h00 L’Âne Vert Théâtre

Le voyage d’artiste est souvent considéré dans la recherche en histoire de l’art comme un phénomène de XVIIIe et XIXe siècle. En réalité, il demeure après 1945 un moyen essentiel de reconnaissance, de formation et de transferts artistiques. Immédiatement après la seconde guerre mondiale, tous les artistes allemands abstraits tournèrent leur regard vers Paris, en espérant y trouver l’inspiration, les échanges et les contacts vers la scène artistique internationale. Heinz Tröckes se rendit ainsi dès 1947 dans la métropole française pour „pouvoir s’imprégner de nouvelles visions, nouer des contacts avec de jeunes artistes français et saisir les dernières tendances en vogue en Europe occidentale“. Que ce soit Willi Baumeister, Rupprecht Geiger, Karl Otto Götz, Norbert Kricke ou aussi Gerhard Richter de Dresde – tous firent, au début des années cinquante, le pèlerinage vers la capitale de l’avant-garde européenne. Ceux qui y venaient pour la première fois, éprouvaient une sorte de révélation. Chaque minute était vouée à la recherche de l’inconnu – dans les musées, les expositions, les galeries et les ateliers. Une ivresse d’images, qui les subjuguaient, les inspiraient, les bouleversaient. Quelques œuvres furent exposées dans les chambres d’hôtel délabrées, toutefois juste pour se laisser dire que c’était insuffisant : il fallait un format encore plus grand, encore plus abstrait, plus géométrique, plus libre.

On a peine à imaginer aujourd’hui les péripéties rencontrées lors de ces voyages. Outre un passeport et une invitation, les artistes devaient se procurer un visa (jusqu’en 1948, les artistes allemands avaient interdiction d’exposer à Paris). Où trouver les devises pour financer la participation à une exposition d’autant que les galeries exigeaient le remboursement des frais de location, de publicité et d’impression du catalogue. La question du transport et de l’assurance risquaient souvent de tout faire échouer. Aussi transportèrent-ils eux-mêmes leurs toiles – roulées dans une valise. La douane devait aussi être détournée, en déclarant que les œuvres étaient des cadeaux ou des „essais sans valeur“. Cependant, malgré ces difficultés, beaucoup tentèrent d’exposer leurs tableaux dans les galeries. Une exposition à Paris était en effet une carte de visite qui permettait, de retour chez soi, d’augmenter considérablement sa côté sur le marché de l’art. Peu d’entre eux appliquèrent cette stratégie à la lettre que K.O. Götz. La figure de proue de l’art informel allemand fut accueillie dans le cercle des artistes et intellectuels post-surréalistes réunis autour du galeriste René Drouin, de l’écrivain Michel Tapié et du poète Edouard Jaguer. D’autres artistes français ou artistes allemands d’exil jouèrent le rôle d’intermédiaire entre les deux scènes artistiques. Fernand Léger, Hans Hartung et Pierre Soulages ouvrirent volontiers leurs ateliers à leurs collègues allemands et les mirent en contact avec des galeristes, des critiques et des collectionneurs.

C’est seulement en prenant conscience de ces voyages et de leurs circonstances particulières que l’on comprend de quelle manière l’Ecole de Paris influença si durablement l’évolution de la peinture allemande de l’après-guerre.

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