Festival de l'histoire de l'art
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Du toc, du faux et du peu cher : les nouvelles matières plastiques dans la sculpture du XIXe siècle

30/05/2015 - 10h00 à 10h45 Château de Fontainebleau - Salle du Jardin anglais (30 places)

De nouvelles « matières plastiques » apparaissaient en France au début du XIXe siècle. En étudiant des mouleurs et de fabricants, ainsi que des décors, nous montrerons comment ce phénomène participa d’un renouvellement de la sculpture ornementale par ses matériaux mêmes.

Dans un article consacré aux questions de coût et de valeur dans l’art hollandais du XVIIe siècle, John Michael Montias (1) rappelle que, dans l’histoire des techniques, on distingue principalement deux types d’innovations, l’une concernant les produits, l’autre les procédés de création. Alors que les premières mettent au point des objets complètement nouveaux, les secondes permettent d’améliorer les techniques de fabrications de produits déjà existants ou d’en abaisser les coûts de production. Pour Montias, les historiens de l’art, davantage intéressés par les nouvelles productions, tendraient à ignorer les processus innovants.
Pourtant, l’étude des procédés de fabrication et de leur évolution est importante pour comprendre l’art du XIXe siècle, moment où la révolution industrielle et, avec elle, les progrès techniques, transforment en profondeur les processus de création des objets. Dans cette communication, nous souhaiterions montrer comment les innovations dans la maîtrise des matériaux renouvelèrent la sculpture ornementale et architecturale des demeures privés. Un renouvellement qui, par ailleurs, ne fit passer l’économie du décor du domaine de la commande à celui de la consommation.
Dès le début du XIXe siècle, nombre d’inventeurs s’attelèrent à la mise au point de nouvelles matières plastiques : carton pâte, carton-pierre, ciment, chaux hydraulique, bois durci, etc., dont les compositions ne semblaient avoir pour limite que celles de l’imagination de leur créateur. Dotées de nombreuses qualités, au premier rang desquelles leur facilité de mise en œuvre et, de fait, leur faible coût, ces matières plastiques semblaient mettre – enfin – à la portée des classes moyennes, le « luxe des arts et de la sculpture (2)». Mais pas seulement. Leurs applications étaient nombreuses, dans l’ornementation de l’architecture privée et publique, civile et religieuse, ainsi que pour la réalisation d’objets décoratifs. Des décors en ciment, en carton-pâte, en carton-pierre, etc., prirent place dans les salles de spectacles, les églises, les bâtiments de l’Etat, et même jusque dans le décor du Louvre de Napoléon III. Investies d’une valeur modernité, ces nouvelles matières participèrent au processus de réévaluation des arts décoratifs dans leur ensemble, faisant non plus du matériau, mais de la forme, le principal critère de jugement et d’appréciation des objets et des décors. Par ailleurs, ces nouvelles matières conféraient une valeur de modernité à des objets dès lors bien plus désirables et participaient à l’élaboration et à la diffusion du goût pour les matériaux d’imitation. La découverte ou redécouverte de ces matériaux fit surgir tout un groupe de fabricants, mouleurs, sculpteurs, se dévouant à leur emploi, leur promotion et leur perfectionnement. L’apparition de manuels destinés à l’apprentissage et la maîtrise de ces techniques de moulage, de même que la publication de recueils d’ornements, sources de modèles et répertoires de formes, étaient également l’indice de cet engouement.
En s’attachant à quelques figures de mouleurs et de fabricants et en s’intéressant à des exemples de décors, nous étudierons le goût pour ces matières plastiques et ses manifestations, ainsi que les limites de cette tentative de renouvellement de la sculpture ornementale, qui passait non plus seulement par ses formes mais par ses matériaux mêmes.

(1) MONTIAS, John Michael « Cost and Value in seventeenth-century dutch art », Art History, vol. 10, n°4, Décembre, 1987, p. 456.

(2) Rapport du jury central en 1839, t. III, Paris, L. Bouchard-Huzard, 1839, p. 64.

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