Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Du traîneau à chien au fauteuil de salon, périples en contrées inuit

01/06/2012 - 13h00 à 14h00 L’Âne Vert Théâtre

C’est avec malice que Nelson Graburn remplaçait en 1975, dans une communication intitulée « The Anthropologist as Tourist », le mot « touriste » par « anthropologue » et l’expression « objet d’art ethnique » par « Autochtone ». Il soulignait par là-même les travers inhérents à sa discipline et la tendance de beaucoup à collectionner les hommes, comme on collectionne les objets. L’exemple valait à vrai dire dans les deux sens : si le touriste choisit de ramener, en guise de souvenir, des objets, c’est à défaut de pouvoir faire entrer dans sa valise des spécimens autochtones – comble de l’authentique.
L’Arctique, dont la fascination s’exerce sur l’imaginaire occidental et les ambitions géopolitiques internationales depuis le XIXe siècle, apparaît comme un terrain privilégié pour l’étude des relations entre voyage, tourisme et collectionnisme. Dernier bastion de l’intouché, il convoque fantasmes de vérité, de nature indomptée et de lutte perpétuelle face aux éléments. Au fil des discours, les glissements métonymiques à son sujet s’accumulèrent et des extensions à rebours du temps s’y greffèrent : les territoires esseulés, et l’obligation de survie qu’ils sont censés engendrer chez l’Homme, se trouvèrent bientôt encapsulés dans les gènes inuit, l’industrie matérielle portant quant à elle les qualités inhérentes à ses producteurs. La tendance à une perception ahistorique des sociétés extra-occidentales paraît ici s’être emparée d’un art contemporain, dit « de mémoire », lequel ne saurait être compris comme une démarche intentionnelle et réfléchie, mais paraîtrait fouiller dans l’inconscient collectif des individus pour fournir, par l’entremise de la forme plastique, un témoignage plus « authentique » que celui offert par l’observation de la société actuelle.
Pour mieux saisir ce phénomène, nous proposons de dresser, dans un premier temps, un panorama des éléments ayant engendré un attrait pour les territoires arctiques et le continuum inuit : récits de voyage, littérature d’aventure, exploration polaire. On se rappelle la frénésie engendrée par l’expédition du Pourquoi pas ?, menée par « des jeunes explorateurs qui à eux 4 ne font pas 100 ans ».
Il s’agira ensuite de revenir sur le développement d’une production inuit contemporaine au Canada. On mettra alors l’accent sur le désir implacable des acteurs du milieu de se rendre dans l’Arctique : si le tourisme avait commencé à se développer dans les années 1930, la guerre froide et les enjeux militaires aux abords du cercle polaire avaient rendus impossibles tout voyage d’agrément. Le jeune plasticien Terry Ryan et le galeriste franco-londonien Charles Gimpel jouèrent d’habileté en saisissant les quelques opportunités qui leur furent offertes ; le premier se forma à la météorologie tandis que le second profita de ses talents de photographe pour signer un contrat avec la Compagnie de la Baie d’Hudson.
James Houston, communément désigné comme le « père de l’art inuit », par ses écrits personnels et son travail de promotion, contribua pour sa part à développer une première forme de tourisme par procuration, ou « armchair tourism ».
La seconde moitié des années 1970 voit se développer à nouveau le tourisme commercial dans l’Arctique. En parallèle s’opère un changement générationnel dans le milieu de l’art inuit alors que le mode de vie occidental semble s’être définitivement installé dans le Nord. D’un élitisme téméraire, mêlant combine et détermination, on passe à l’élitisme financier des croisières d’observation, du tourisme guidé d’aventure. Dans une dernière partie, il sera montré le déplacement du lieu de séjour : le pèlerinage jusqu’aux confins du monde n’est plus nécessairement un signe de reconnaissance entre initiés. Les marchands se font une idée globale de la production dans les entrepôts ontariens et s’y fournissent, les collectionneurs s’arrêtent à la galerie d’art la plus proche – les amateurs européens les plus férus poussant jusqu’aux galeries canadiennes –, les touristes aux boutiques d’aéroport. Lorsque la question du voyage est posée, plusieurs de ces afficionados finissent par émettre des réserves : l’expérience initiale, induite par l’oeuvre d’art, ne serait-elle pas dévoyée par la confrontation avec les artistes et le monde actuel ? Alors, qui de l’oeuvre ou du praticien s’avère le plus vrai ?

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