Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Le grès en Asie

31/05/2015 - 11h30 à 12h45 L’Âne Vert Théâtre - L'Âne Vert Théâtre (80 places)

Au fil de l’eau, danse immobile et « pierre qui pousse » : le travail du grès à Chok Gargyar, capitale éphémère du Cambodge angkorien par Eric Bourdonneau

En installant la capitale du royaume à Chok Gargyar, à 80 km au nord-est d’Angkor, le souverain Jayavarman IV (r. 921-941), rompt avec une tradition vieille de plus de deux siècles durant lesquels le centre du pouvoir khmer est implanté dans la plaine de Siem Reap. Ce déplacement rend encore plus impérative la nécessité d’instituer la capitale comme un nouveau centre éclipsant le siège du pouvoir précédent. De manière inédite, distribués entre un paysage originel et des scènes épiques, rochers informes et statues de pierre bondissantes « mettent au travail » les lieux et le grès – qui affleure ici à chaque pas – pour y théâtraliser la présence et l’action du divin au cœur même de la ville transformée en lieu saint.

La colline du Phnom Da (Cambodge) et Krishna soulevant la montagne par Bertrand Porte

L’atelier de conservation-restauration de sculpture du musée national du Cambodge (une collaboration avec l’EFE0) a mené de nombreuses interventions sur la statuaire d’inspiration vishnuite provenant du Phnom Da. Une véritable École de sculpture a œuvré au VIIe siècle sur cette colline qui émerge de la plaine inondée une bonne partie de l’année, au Sud-Est du Cambodge, à proximité de la frontière avec le Vietnam. A l’instar des sculptures de Koh Ker, ces images ont subi bien des aléas. Elles suscitent de nombreuses interrogations. Des observations sur les grès sculptés et les modes de cassures, alliées aux recherches sur les circonstances des découvertes successives, nous renseignent un peu plus sur les péripéties de leur conservation. Plusieurs des statues sur lesquelles l’atelier a travaillé représentent une forme de Vishnu, le dieu Krishna qui soulève une montagne.

Pluie et pierre par Charlotte Schmid

Le mythe du soulèvement du mont Govardhana dont plusieurs représentations en grès ont été retrouvées sur la colline du Phnom Da est un mythe majeur du vishnouisme. Originaire d’une région précise de l’Inde septentrionale, où une colline particulière, objet d’intenses pèlerinages, est identifiée comme celle où se joua le mythe, il met en scène la lutte d’un jeune dieu, Krishna, contre une ancienne divinité, le roi des dieux védiques, Indra, maître de l’orage et des nuages. Il représente ainsi le processus d’établissement d’un culte nouveau au sein d’une région à travers la maîtrise de l’eau qu’implique la victoire de Krishna contre Indra. En Inde méridionale, à partir du VIIe siècle, la représentation du mythe intègre des éléments naturels, pluie, pierre et colline jouant alors un rôle précis. Retrouve-t-on au Cambodge cette alliance entre matière, éléments de paysage et mythèmes qui vise, en fait, à recréer un paysage mythique originel ?

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