Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Entre sentiers battus et chemins de traverse. Les voyages daguerriens de Girault de Prangey en Suisse et autour de la Méditerranée (1842-1850)

03/06/2012 - 14h30 à 15h30 Château de Fontainebleau - Salle de la Belle Cheminée

Christophe Dutoit va présenter un corpus de daguerréotypes pris par Joseph-Philibert Girault de Prangey lors de ses voyages en Suisse et autour de la Méditerranée, entre 1842 et 1850. Il tentera également de mettre en évidence les intentions de ce pionnier de la photographie.

Né à Langres en 1804, Girault de Prangey étudie les lettres et le droit à Paris, avant de prendre des leçons de dessin auprès des peintres orientalistes Jules Coignet et François-Edmée Ricois.

En 1831, il entame un premier voyage qui le mène en Suisse, en Italie, en Afrique du Nord et en Espagne; il passe plusieurs mois à l’Alhambra de Grenade. Artiste talentueux et habité par le souci du détail, il réalise des moulages, des relevés architecturaux et des dessins de grande qualité qui seront publiés dans trois recueils de lithographies. En parallèle, il écrit également un traité érudit sur l’architecture arabo-musulmane.

Initié à la technique du daguerréotype, Girault de Prangey embarque en 1842 pour un Grand Tour qui le conduit en Italie, en Grèce, en Egypte, en Palestine, au Liban, en Syrie et en Asie Mineure. De ce périple qui dure trois ans, il rapporte en France près d’un millier de daguerréotypes. Ces vues, qui sont souvent les plus anciennes connues des sites visités, ont presque toutes été conservées jusqu’à nos jours dans des collections publiques et privées; la moitié d’entre elles sont connues des spécialistes.

En outre, Girault de Prangey est l’auteur du plus vaste corpus de daguerréotypes représentant des vues de Suisse. Les 61 daguerréotypes redécouverts en 2002 dans les archives du Musée gruérien, à Bulle (Suisse), ont fait l’objet d’une exposition et d’un catalogue intitulé Miroirs d’argent. (Slatkine, Genève, 2008).

Réalisées dans les années 1845-1850, et antérieures à celles de John Ruskin et de ses opérateurs, ces photographies témoignent de l’intérêt marqué de Girault de Prangey pour l’architecture urbaine et vernaculaire, ainsi que pour l’archéologie, le paysage et la géologie. Ces images attestent aussi l’ancrage du photographe dans une tradition iconographique bien établie, sa connaissance des discussions liées au patrimoine architectural, ainsi que sa curiosité pour les édifices contemporains. L’essentiel du fonds, des photographies prises sur la route entre Bâle et Bienne et d’autres consacrées à l’architecture rurale de l’Oberland bernois s’inscrivent, de par leur motif, dans la lignée des recueils de lithographie du début du XIXe siècle. L’usage qu’il fait du nouveau médium – cadrages serrés, accent mis sur les détails – fait en revanche apparaître un langage nouveau, résolument moderne.

A travers ces exemples, Sylvie Henguely et Christophe Dutoit mettront en évidence la dualité de la démarche de Girault de Prangey. D’un côté en effet, il emprunte les itinéraires traditionnels des voyageurs du XIXe siècle, en suivant les sentiers battus décrits par ses prédécesseurs tels Chateaubriand, Lamartine ou Nerval. Ainsi, il photographie aussi bien le pittoresque village de Meiringen, en Suisse, que les ruines du temple de Jupiter, à Baalbec, deux hauts-lieux du tourisme naissant. De l’autre, Girault de Prangey s’efforce de prendre aussi souvent que possible les chemins de traverse, n’hésitant pas à partir, par exemple, à la découverte d’alpages bernois pour photographier tel chalet de montagne ni à s’écarter des voies touristiques en Asie Mineure pour fixer sur ses plaques de cuivre tel obscur monument qui le fascine.

Sylvie Henguely et Christophe Dutoit dévoileront également les aquarelles que Girault de Prangey a dessinées lui-même d’après ses daguerréotypes, ainsi que les recueils de lithographies qu’il a publiés, à l’instar des Excursions daguerriennes de Lerebours. Ses Monuments arabes (1846) et ses Monuments et Paysages de l’Orient (1851) retiendront l’attention du public cultivé et contribueront à une meilleure connaissance de l’architecture arabo-musulmane.

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