Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Images au bout de la nuit : le voyage intérieur dans les arts visuels contemporains

03/06/2012 - 15h30 à 16h30 Château de Fontainebleau - Salon des Fleurs (19 places)

L’expression du voyage intérieur dans les arts visuels fait émerger un paradoxe : comment retranscrire avec des moyens plastiques un déplacement qui ne paraît s’éprouver que les yeux fermés, dans la nuit du regard ? Ce parcours aux confins de la perception commence en Allemagne, au début des années 2000, lorsque le peintre Ulrich Lamsfuss décide – avec ironie – de réaliser des « peintures en série » ; il produit deux peintures identiques qu’il présente à des endroits différents. Ainsi, le spectateur se trouvant dans une exposition se doit d’imaginer le double de l’œuvre, présentée simultanément à plusieurs kilomètres de là. Ce n’est ni tout à fait la même (la reproduction picturale exacte relevant d’une gageure) ni tout à fait une autre (le motif paraît en tous points similaires, hormis un léger décalage dans le choix du cadrage ou un hasard intervenant lors de l’exécution). Paradoxalement, l’une des deux œuvres est invisible, à moins d’accomplir le voyage vers l’autre lieu d’exposition. La réception est différée.

 

Etablir la généalogie de ce type de voyage imaginaire nécessite un retour aux tendances liées à la délocalisation des œuvres dans les années 1970. Générées hors des institutions, dans les déserts américains (Land Art), certaines productions présentées dans les musées constituent des traces de l’œuvre réelle et du lieu où elles se situent, de sorte que le spectateur recompose en son esprit le paysage où elles s’inscrivent. Deux contextes se chevauchent (l’emplacement d’installation de l’œuvre et l’espace de sa monstration activant l’« imaginaire » du spectateur). La production artistique nécessite une reconstitution mentale. Elle tient moins dans ce que l’on voit que dans ce qui est deviné, attendu, projeté.

 

A l’image visible se substitut parfois un autre espace hors de portée du regard physiologique. Faire voyager notre vision dans cet intervalle des possibles, en marge de la vision, c’est permettre de voir une seconde fois les choses qui nous entourent, après être revenu de ce voyage en-deça des apparences. « Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on  rencontre une autre aurore » écrit G. Bernanos. Ainsi, le voyage vers l’invisible nous conduit ensuite à poser un nouveau regard vers les premiers objets de notre attention… Le voyage nous invite à redécouvrir le point dont nous étions partis. Une boucle se crée.

 

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