Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

La circulation des arts « primitifs » dans les années 1930 : des associations surréalistes à l’appropriation moderniste

02/06/2012 - 12h30 à 14h00 Château de Fontainebleau - Chapelle de la Trinité (160 places)

Maureen Murphy

D’une rive l’autre : arts “primitifs” et modernisme en question

Au début des années 1930, deux Français partent à la conquête du marché de l’art américain et tentent d’y introduire les arts dits « primitifs ». Se réappropriant la figure de « pionniers » généralement associée aux colons américains, Charles Ratton et Louis Carré espèrent susciter outre atlantique un engouement similaire à celui provoqué sur le vieux continent par les arts « nègres ». Articulée autour de l’exposition African Negro Art organisée par le Museum of Modern Art de New York en 1935 à laquelle participent les deux Français, cette communication propose de retracer le parcours de quelques œuvres d’Afrique de leur contexte d’origine, à leur arrivée en France, puis à New York. L’évocation de ces déplacements dans le temps et l’espace permettra de souligner les modes de transformation d’objets considérés un temps comme relevant de l’ethnographie, en œuvres d’art, voire d’art moderne.

Sophie Leclercq

Des artistes aux objets amérindiens : voyages transatlantiques

La même année qu’il tente d’introduire l’objet africain aux Etats-Unis, Charles Ratton organise à Paris une exposition inédite de « Masques et ivoires anciens de l’Alaska et de la Côte Nord-Ouest de l’Amérique ». Il s’est procuré ces objets auprès du marchand new-yorkais George Heye. Peu courue, cette exposition ravit en revanche les surréalistes qui sont nombreux à la visiter. Ils se présentent ensuite comme les modernes qui auront révélé ces objets alors quasiment inconnus à Paris.

Cinq ans plus tard, la guerre contraint certains d’entre eux à l’exil vers New York. Ils partent alors à la recherche de nombreux objets amérindiens par l’entremise du même George Heye et du marchand Julius Carlebach. Masques yup’ik, objets de la Côte Nord-Ouest, mais aussi kachinas hopi sont recherchés, échangés ou acquis à des prix dérisoires.

Alors que le voyage forcé aux Amériques est parfois vécu comme un arrachement du Paris occupé qu’ils aimaient tant, plusieurs surréalistes comparent la trouvaille d’un objet à « l’instant où pour les premiers navigateurs une nouvelle terre est en vue »[1]. La traversée vers l’Amérique et la conquête de ces objets leur permet alors de réinvestir leur fascination pour le mythique Nouveau Monde. Dès lors, portés aux nues par quelques poètes et artistes parisiens, ces objets rituels amérindiens changeront de statut au regard du monde de l’art.



[1] André Breton, « Conférences d’Haïti », Œuvres complètes, Gallimard, tome 3, p. 284.

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