Le programme du festival

La Collection de l’Art Brut en 2014 : spécificités du musée lausannois

31/05/2014 - 16h00 à 17h00 Mairie de Fontainebleau - Salon d'Honneur (80 places)

Depuis l’ouverture de la Collection de l’Art Brut à Lausanne en 1976, dont le fonds est le fruit du travail effectué par Jean Dubuffet dès 1945, l’Art Brut fascine et gagne en visibilité. L’exposition générale de la dernière Biennale de Venise mêlait Art Brut et art contemporain. De Dubuffet à Venise, comment ces créateurs ont-ils ainsi passé de l’ombre à la lumière ?

Alors qu’à son ouverture en 1976, la Collection de l’Art Brut compte près de 5’000 œuvres, aujourd’hui l’inventaire en recense plus de 60’000. En 40 ans, l’institution a vu ses choix et ses modes d’acquisition évoluer dans un contexte qui s’est considérablement modifié, notamment ces dernières années.

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Le chalet, construction en bois, se différencie selon les régions de la Suisse. Je parlerai de son « rôle » en Suisse depuis le XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle : le chalet vu par les peintres, le chalet habité par les peintres, le chalet du Village suisse à l’Exposition nationale suisse de Genève (1896) et à l’Exposition universelle de Paris (1900), sans oublier le rôle des grands botanistes et savants, tels qu'Auguste Pyramus de Candolle, Horace-Bénédict de Saussure et Louis Agassiz. Dans son poème Les Alpes (1729), Albert de Haller avait déjà exalté le chalet. Dans la Nouvelle Héloïse de Rousseau, où le jardin est l’archétype d’une nature « sauvage » entretenue par la main de l’homme, le chalet est lieu « d’amour et de plaisir ». « Aller au chalet » suggère une invitation à peine voilée. L’utilisation du chalet en tant que représentation coïncide avec la « découverte des Alpes » par les touristes et les artistes. Simple estampe coloriée, elle sera vendue en tant que souvenir. Le chalet devient de plus en plus ornement des jardins, non seulement en Suisse, mais aussi ailleurs : rappelons celui à l’Ile de Wight, que la reine Victoria, élève de Calame, fait construit dans le parc d’Osborne House, où son mari avait réuni une collection de tableaux suisses. L’Éboulement (1839), qui détruit un chalet, fut inspiré à Alexandre Calame par une catastrophe dans la vallée de Lauterbrunnen et par le Diorama Daguerre. Calame interprète là sa vision calviniste de la petitesse de l’homme et du Dieu qui punit. Philippe Jacques de Loutherbourg, qui a déjà une expérience comme scénographe, exécute un tableau intitulé Avalanche dans les Alpes …, (1803). Le bruit du chalet écrasé se mélange à celui de la neige en furie, comme dans un spectacle total, qu’il fera dans son théâtre Eidophysikon. Le chalet est objet de surprise pour les peintres, qui, dans leur marche en montagne, à la recherche du motif, le dessinent dans leur carnet. Il est objet d’étude dans les Leçons de dessin appliqué au paysage (1862-63) de Calame, qui en fait des lithographies où l’élève apprend, per gradus, à dessiner un toit, des murs en bois, un caillou à côté, une échelle en ruine, jusqu’à réussir son « chalet ». Le chalet sera aussi habitation d’artistes, comme pour Auguste Baud-Bovy, qui, dans le village d’Aeschi, cherche à être près non seulement de la montagne, mais aussi de la vie des paysans. Les bergers transporteront dans la neige ses toiles gigantesques, qu’ils rangeront dans des chalets. Rappelons aussi le chalet Kuoni, à Maloja, où Giovanni Segantini conçoit son Panorama de l’Engadine (jamais exécuté). C’est la Suisse moderne et industrielle que l’on exhibe en pleine ville à l’Exposition nationale suisse de Genève et à l’Exposition universelle de Paris. Le contrapposto sera le Village suisse, constitué de chalets, qui veut montrer la continuité avec la Suisse traditionnelle et montagnarde. Jules Allemand, constructeur français de jardin, y dessine le Jardin alpin, auquel participe aussi Henri Correvon, qui en 1902, bâtit le chalet Floraire, où il acclimatera la flore alpine. Au fond du jardin, logé dans l’immense espace d’une fausse montagne, le thème des Alpes continue avec le grandiose Panorama des Alpes bernoises, par les artistes Auguste Baud-Bovy, Eugène Burnand et Francis Furet. Ensuite, le chalet descend en ville et se multiplie dans une infinité de rôles : il indique encore un refus de la modernité, mais il hante toujours l’imagination et le rêve, même celle du Facteur Cheval, qui reproduit un chalet suisse dans son Palais Idéal.
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