Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

L’appel du Nord : les Ghirlandaio et la Nazione tedesca

02/06/2012 - 13h00 à 14h00 Château de Fontainebleau - Salon des Fleurs (19 places)

Au cours de la Renaissance, à Florence, la Compagnia di Santa Barbara della Nazione Tedesca, accueillait, à la Santissima Annunziata, marchands et artisans allemands mais également flamands et français. Sur plus de quarante ans, sous le contrôle de Domenico puis de Ridolfo, l’atelier des Ghirlandaio semble avoir constitué un lieu particulièrement ouvert aux contacts avec le Nord des Alpes. Ces rapports se fondent à la fois sur l’émulation avec les prototypes nordiques, largement introduits à Florence dans les années 1480-1490, et sur le dynamisme du milieu ghirlandaïesque, renouvelé par les mouvements des artistes.

Entre 1486 et 1493, Benedetto Ghirlandaio a résidé en France. De ce séjour à la cour des Montpensier, seule la Nativité d’Aigueperse (église Notre-Dame) subsiste. L’artiste cherche à teinter sa formation italienne d’accents franco-flamands selon l’esthétique en vogue à la cour voisine de Moulins. Par l’intermédiaire de son contact avec le peintre officiel, Jean Hey, Benedetto a pu être initié à certaines innovations iconographiques et techniques. Ainsi, après son retour à Florence, l’atelier utilisa davantage l’huile, se détournant progressivement de la traditionnelle tempera.

Benedetto a également pu être accompagné par des peintres rencontrés en France. C’est ce que semble confirmer la production ghirlandaïesque du Maître de Santa Lucia sul Prato et du Maître des Cassoni Campana qui tentent d’adapter aux formes florentines un langage de matrice nordique. La récente proposition d’identification du Maître des Cassoni Campana avec l’hypothétique Gallo Fiorentino justifierait les origines françaises de l’artiste et tendrait ainsi à confirmer ses liens éventuels avec Benedetto.

À Florence, ces peintres pouvaient trouver un terrain favorable à leur activité dans le milieu des Ghirlandaio. La bottega de Domenico s’était montrée particulièrement réceptive aux nouveautés nordiques comme le démontre l’Adoration des Bergers (Florence, Santa Trinita), variation florentine sur le Triptyque Portinari d’Hugo van der Goes (Florence, Galleriadegli Uffizi). Le dialogue avec l’art du Nord faisait partie intégrante de l’enseignement du maître que l’on songe à la copie de la gravure de Martin Schongauer des Tentations de saint Antoine (Fort Worth, Kimbell Art Museum), attribuée au jeune apprenti Michel-Ange ou à la Vierge et l’Enfant de Van der Goes (Cassel, Gemäldegalerie), retouchée et mise à jour par l’atelier.

Les contacts des Ghirlandaio avec l’estampe allemande ne se limitent pas à l’exploitation de motifs issus de l’observation des compositions du Maître E.S. ou de Schongauer. La présence attestée de Johannes Petri à Florence dans les années 1470-1480 laisse supposer la naissance de liens entre le graveur-éditorialiste allemand et l’officina ghirlandaïesque. Ces liens semblent s’être perpétués jusque dans la deuxième décennie du XVIe siècle puisque c’est à Ridolfo que Johannes commanda un retable vraisemblablement destiné à orner sa chapelle bâtie dans la récente cathédrale de Bâle.

 

Bibliographie indicative :

– AMES-LEWIS, Francis, « On Domenico Ghirlandaio’s responsiveness to North European art », Gazette des beaux-arts, CXIV, 1989, p. 111-122 ;

– BERNACCHIONI, Annamaria, « Ridolfodel Ghirlandaio : unapala per ‘Johannes Petri italiano’ », Arte cristiana, 2009, n° 854, p. 345-350 ;

– BERNACCHIONI, Annamaria, « Il ‘Gallo fiorentino’ : il Maestro dei cassoni Campana. Un pittorefrancesenella Firenze rinascimentale », dans NOCENTINI, Serena et PADOA RIZZO, Anna (dir.), Benozzo Gozzoli e Cosimo Rosselli nelle terre di Castelfiorentino, cat. expo. (Castelfiorentino, BeGoMuseoBenozzo Gozzoli, 1er mai-31 juillet 2011), Florence, MaschiettoEditore, 2011, p. 116-129 ;

– NUTTALL, Paula, « Domenico Ghirlandaio and northern art », Apollo, 412, 1996, p. 16-22 ;

– PADOA RIZZO, Anna, « La cappella dellaCompagnia di Santa Barbara della ‘Nazionetedesca’ » alla SantissimaAnnunziata di Firenze nelsecolo XV. Cosimo Rosselli e la sua ‘impresa’ artistica », Antichitàviva, 3, 1987, p. 3-18.

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