Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Le carnet comme souvenirs de voyage : l’exemple des carnets de dessin du peintre orientaliste Henri-Émilien Rousseau (1875-1933)

02/06/2012 - 16h00 à 17h00 MINES ParisTech - Grand Amphi, Bat B (54 places)

Henri-Émilien Rousseau naît au Caire en 1875 mais quitte l’Égypte, où son père était directeur général des travaux publics auprès du Khédive Ismaïl Pacha, pour s’installer à Paris dès 1885. Après être passé par l’atelier de Gérôme à l’école des Beaux-Arts de Paris, il visite en 1900, grâce à l’obtention d’une bourse de voyage, la Belgique, les Pays-Bas, la Tunisie, l’Algérie et l’Espagne. La découverte de l’Orient le fascine ; dès lors, tout au long de sa vie, il ne cessera de parcourir l’Afrique du Nord (Tunisie, Algérie, Maroc), tirant de ses voyages de multiples tableaux. Mais comment retenir les souvenirs de ces expéditions, comment rendre compte de la beauté des paysages et des habitants ? Là où certains artistes utilisent la photographie, Rousseau reste fidèle au dessin. Sur les quarante et un carnets conservés dans des collections familiales, une petite dizaine rapportent ses souvenirs orientaux. Au fil des pages, des cavaliers majestueux évoquant de fiers seigneurs du Moyen Âge succèdent à des scènes de marchés où des Arabes, drapés dans des burnous, véritables « statues vivantes », disputent âprement les prix de bestiaux. Comme Delacroix, Rousseau insère dans ses carnets des annotations qui complètent ses dessins en indiquant le lieu, la date, le sujet mais aussi en servant d’aide mémoire pour se remémorer les couleurs ; les observations fleurissent, parfois nuancées par des indications de couleurs : gris fer, bleu passé, rouge Van Dyck.

En effet, à la différence de ses dessins de voyage en France, utilisés comme un appareil photographique immortalisant des scènes familiales ou des sites pittoresques de la Normandie et de la Provence, les carnets d’Orient, véritables outils de travail, sont le point de départ, dans la tradition « d’un peintre qui voyage », des tableaux prisés par les amateurs. Cependant, à l’inverse de « l’orientalisme pictural qui en général pratique l’exclusion du sujet européen avec la précision du scalpel » (Christine Peltre), Rousseau rend compte dans sa correspondance du déroulement de son séjour, des personnes qu’il fréquente et des difficultés qu’il rencontre, présentant ainsi l’envers du décor, la réalité coloniale. Comme Edy-Legrand qui note dans son journal aussi bien les tracas du quotidien que ses réflexions profondes sur l’art, l’artiste confie dans les lettres adressées à sa femme, après l’évocation des diffas et des fantasias données en son honneur, son avis sur la politique française menée dans les colonies ou les doutes qu’il entretient sur sa peinture. À la manière de Germaine Baude-Couillaud, qui retrouve dans un bus au Maroc « des sujets de tableaux des primitifs et des nativités », Rousseau ne cesse de voir le monde en peintre, aussi bien à travers ses carnets que sa correspondance : « Berkane, 1 décembre 1924 : la lumière semble si près d’être immatérielle en ce pays où tout se résume en une gamme de teintes subtiles sans heurts ni fantaisie, à part un vêtement de femme ou une robe de cheval. Tout est rouge doré, puis rose lilas. Enfin un frisson refroidit cette nature qui retombe dans la mort, le sommeil des cendres grises. » La confrontation entre l’écriture et la pratique artistique permet ainsi de cerner au plus près l’originalité de l’œuvre dessiné d’un peintre orientaliste du premier XXème siècle.

 

SOURCES

– 41 carnets inédits d’Henri Rousseau conservés dans la famille.

– ROUSSEAU Alice (dir.), Henri Rousseau. Prix de Rome de peinture, 1875-1933, Toulouse, éd. Privat, 1935, 480 p. Correspondances et conférences faites par l’artiste.

 

TRAVAIL UNIVERSITAIRE

– LESPES Marlène, Les dessins d’Henri-Émilien Rousseau, mémoire de master 2 dirigé par Mme Barlangue et M. Nayrolles, Toulouse II le Mirail, 2010, 3 vol.

 

BIBLIOGRAPHIE

De Delacroix à Kandinsky. L’orientalisme en Europe, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Munich, Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung, Marseille, Centre de la Vieille Charité, 2010-2011, 311 p.

Henri Rousseau. Peintre orientaliste, Toulouse, musée des Augustins, 1997, 103 p.

Revue 303 sur le carnet de voyage, n° 112, octobre 2010.

– BEN MAHMOUD Feriel, DANIEL Nicolas, Le voyage en Orient, 1850-1930, de « l’âge d’or » à l’avènement du tourisme, Paris, éd. Place des Victoires, 237 p.

– PELTRE Christine, L’Atelier du voyage, Paris, Gallimard, 1995, 118 p.

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