Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Le Grand Tour et les artistes dans l’Italie du XVIIIe siècle

01/06/2012 - 14h30 à 15h30 Château de Fontainebleau - Chapelle de la Trinité (160 places)

Y eut-il un Grand Tour propre aux artistes, servant de complément à leurs apprentissages antérieurs ? Si le voyage de formation fut pour eux essentiel aux XVIIe et XVIIIe siècles, il ne se confond pas avec celui des jeunes nobles. Paris et Rome sont les destinations les plus prisées. Cette pratique spécialisée sert à apprendre le métier de peintre, de dessinateur, d’architecte ou de sculpteur. Des dessinateurs voyageurs se mettent assurément à parcourir la péninsule italienne et depuis longtemps des artistes de tous pays, hommes ou femmes, travaillent d’une ville à l’autre. Mais c’est sous la contrainte des événements de la Révolution que de nombreux artistes, français ou non, quittent Paris ou Rome pour d’autres destinations.

Les artistes européens ont de leur côté joué un rôle majeur dans le Grand Tour des élites. De Cochin à Fragonard, ils accompagnèrent de riches voyageurs. D’autres fournissaient sur place des images à rapporter chez soi, accessoires inévitables de tout Grand Tour réussi : portraits de Batoni ou de Rosalba Carriera, vues de Venise par Canaletto ou les Guardi, scènes du Vésuve par Volaire. Les visites de Saint-Non, Sade ou Goethe se faisaient à Rome ou Naples en compagnie de peintres. Il faut dire que depuis le XVIIe siècle les voyageurs ont été initiés à l’art italien par la circulation des œuvres et des artistes en Europe. Les acquisitions d’œuvres d’art en Angleterre ou les longs séjours d’artistes italiens en Allemagne, en Pologne ou à Madrid expliquent qu’en peinture et en architecture l’Europe entière soit familiarisée avec l’art italien.

Le Grand Tour a été inséparable d’évolutions esthétiques partagées par les amateurs d’art et les artistes européens au XVIIIe siècle. L’Italie a certes été le lieu d’une codification annonçant les clichés de l’ère du tourisme, marquée par l’art de la Renaissance et de la période baroque. Mais c’est aussi au contact d’artistes ou de théoriciens parfois étrangers qui séjournaient en Italie que les évolutions les plus décisives de l’art de peindre, de dessiner et de construire se sont manifestées à travers l’Europe. À la vogue du palladianisme en architecture succéda un regain d’intérêt pour les monuments des cités ensevelies. On construisit des édifices à l’italienne dans divers pays et il se développa un goût pour les paysages saisis sur le vif. La leçon de l’antique fut d’abord celle de l’art grec, transmise par Winckelmann. À l’écart des anciennes capitales, les jeunes peintres furent invités à se lancer dans de véritables explorations à la recherche de ruines encore méconnues enfouies dans les broussailles.

Doublant le voyage à travers l’Europe d’élites qui ne pouvaient se passer des artistes, le tropisme italien des artistes européens a marqué au XVIIIe siècle un moment de l’histoire du goût et des plaisirs indissociable du public cultivé des voyageurs.

 

Bibliographie

BERTRAND Gilles, « Grand Tour (tourisme, touriste) », dans Olivier Christin, dir., Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Paris, Métailié, 2010, pp. 171-187.

BLACK Jeremy, The British abroad. The Grand Tour in the Eighteenth Century. Stroud, Sutton, 1992.

BOUTIER Jean, « Le Grand Tour : une pratique d’éducation des noblesses européennes (XVIe-XVIIIe siècles) », dans Le Voyage à l’époque moderne, Bulletin de l’Association des Historiens modernistes des Universités, n° 27, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2004, pp. 7-21.

DE SETA Cesare, Philipp Hackert : vues du royaume de Naples. Milan, FMR, 2002.

Il se rendit en Italie. Etudes offertes à André Chastel. Paris, Flammarion, 1987.

WILTON Andrew, BIGNAMINI Ilaria, dir., Grand Tour : The Lure of Italy in the Eighteenth Century (catalogue d’exposition), Londres, Tate Gallery, Millbank, 1996.

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