Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Le voyage des formes en Inde et en Asie du Sud-Est

01/06/2012 - 14h00 à 15h00 MINES ParisTech - Grand Amphi, Bat B (54 places)

Les sources pour retracer le passé ancien du monde indien et indianisé sont principalement de nature épigraphique. Pourtant, si les inscriptions permettent de dater œuvres et monuments et donnent un nombre appréciable d’informations sur les commanditaires, elles ne révèlent que fort peu de choses sur les artistes et les artisans. Aussi notre connaissance des pratiques artistiques doit-elle être déduite en grande partie de l’observation des œuvres elles-mêmes, rapprochées de textes de nature normative.

Cela étant admis, de très nombreux indices démontrent qu’œuvres et artistes ont voyagé à travers le sous-continent indien et même, en traversant le golfe du Bengale, vers l’Asie du Sud-Est. Au reste, on trouve dans la littérature (romans, contes, pièces de théâtre) mentions d’artistes itinérants. Ainsi, il est fréquent de trouver des œuvres loin de leur lieu initial de création et donnant naissance à de nouveaux courants artistiques. C’est le cas de sculptures en bronze réalisées en Inde, tant au Tamil Nadu qu’au Bengale, et ayant voyagé vers Sri Lanka et jusqu’à Java ou encore à l’actuel Vietnam. Mais on peut se demander si, parfois, ce ne sont pas des artistes indiens qui se sont déplacés et ont réalisé leurs œuvres sur place.

Dans certains cas, on constate la reprise de certaines œuvres indéplaçables – telles que les grands bas-reliefs réalisés à même la roche par la dynastie Pallava (VIe-VIIIe siècles) – ce qui indique naturellement que les imitateurs se sont déplacés pour les voir mais aussi que des dessins devaient circuler. Ce type de reprise témoigne de la valeur de modèle de ces œuvres mais on peut y lire aussi une pratique plus idéologique ou politique : à travers l’œuvre, c’est un symbole que l’on reprend, voire que l’on s’approprie ou que l’on capture. Un des exemples les plus frappants nous est offert par le temple d’Etat des Pallava, le Kailasanath de Kanchipuram, copié par les Chalukya dans leur capital de Badami puis par les Rashtrakuta à Ellora.

Une autre forme de voyage est, elle, plus virtuelle : c’est le voyage non d’un artiste ou d’une œuvre, mais d’un traité normatif. Celui-ci, présentant les principes de constitution et de réalisation d’une image ou d’un monument selon une approche relativement théorique, peut être interprété et adapté par chacun en fonction de son génie propre. C’est ainsi que les temples du Cambodge sont absolument fidèles aux modèles indiens – à tel point qu’ils sont presque plus indiens qu’eux – et, en même temps, sont totalement khmers dans leur expression.

 

Bibliographie indicative :

Asher, Frederick M. and Govind Swamirao Gai, eds. Indian Epigraphy: Its Bearing on the History of Art. New Delhi: Oxford and IBH Publishing Company and the American Institute of Indian Studies, 1985.

Dagens, Bruno, “Le temple indien en Asie du sud-est : Archéologie d’une forme”. In Bizot François, éd., Recherches nouvelles sur le Cambodge, Paris, EFEO, 1994, 259-272.

Davis, Richard H. Lives of Indian Images. Princeton: Princeton University Press, 1997.

Lefèvre, Vincent. Commanditaires et artistes en Inde du Sud. Des Pallava aux Nāyak. Paris: Presses Sorbonne Nouvelle, 2006.

 

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