Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Le voyage des textes de l’Occident à Byzance

01/06/2012 - 13h30 à 14h30 Château de Fontainebleau - Vestibule Serlio (19 places)

Notre communication portera sur le voyage des textes de l’Occident à Byzance, qui constitue le sujet de notre recherche, et sur les métamorphoses subies par les œuvres littéraires avec un bref regard sur les objets d’art, qui témoignent d’un échange analogue dans les icônes comme dans les enluminures et dans l’architecture.

Pendant le règne de la dynastie byzantine des Paléologues, ont été traduits des romans de chevalerie du français ou de l’italien en grec médiéval ; d’autres romans, qui ne sont pas des adaptations, ont été inspirés par la littérature courtoise sans que l’on puisse trouver un modèle précis. Les romans étudiés sont le Florios et Platziaflora traduit du Floire et Blanchefleur, l’Imperios et Margarona adapté du Pierre de Provence et la belle Maguelonne, Apollonios de Tyr traduit d’un cantare toscan, Belthandros et Crysantza, Callimaque et Chrysorroé, et l’Achilleis. Toutes ces œuvres, écrites entre le XIVe et le XVe siècle, sont anonymes et la langue utilisée n’a pas une couleur régionale suffisamment marquée, qui permette de trouver le lieu et une période précise d’élaboration et de rédaction.

En lisant les modèles français et occidentaux, quoique l’intrigue soit respecté dans les traductions grecques et les motifs repris dans des romans écrit ex nihilo, restent assez familiers, le résultat est forcément différent. Si la littérature courtoise occidentale, se fondant sur la fin amor, nait d’une société féodale qui a élevée à idéal des conventions et des rites propres surtout à la couche guerrière des chevaliers sans terre et entend donner une image de soi idéalisée et cultivée, notre corpus de textes byzantins répond aussi aux attentes d’un public cultivée et curieux, ouvert à ce qui devait être au début une expérimentation, mais sa réalité sociale est bien différente, malgré les similitudes du système de la avec celui féodal.

Les auteurs jonglent avec diverses traditions, ils sont à la charnière et mélangent les motifs de diverses origines : les romans paléologues gardent le goût pour les longs monologues, la sensibilité exacerbée des protagonistes, qui pleurent et se désespèrent, s’évanouissent et exultent comme leurs ancêtres comnènes, mais ils ont parfois des prénoms et des habits latins.

Le public des lecteurs doit saisir ce jeu d’allusions à la tradition romancière byzantine et occidentale à la fois, il doit connaître, quoique superficiellement, les romans courtois et les romans d’antiquité, toutefois la matière, qu’elle soit adaptée d’un original ou inspirée de manière plus générale, est très domestiquée: toute l’atmosphère chevaleresque et courtoise, les rituels d’adoubement, les tournois perdent leur sève, c’est-à-dire que ces événements se vident de leur sens en dehors de la société féodale occidentale et deviennent des involucres à remplir avec les goûts et les motifs byzantins ou leur Weltanschaung dans les cas réussis et des produits un peu hybrides dans les cas moins heureux. Ces œuvres sont pensées pour satisfaire les attentes d’un public curieux, mais qui souhaite un dépaysement modéré.

Ce même phénomène de réutilisation de motifs se retrouve dans les enluminures, dans les images, surtout en Terre Sainte ou en Morée, où des artistes de diverses origines travaillent dans les mêmes ateliers et les techniques et les motifs se mélangent dans leurs œuvres.

La frontière tracée entre l’Orient et l’Occident se montre ainsi comme une catégories souvent simpliste et artificielle.

Adolphe Biedermann, Pierre de Provence et la belle Maguelonne, Paris-Halle, 1913.

Carolina Cupane, Romanzi cavallereschi bizantini, Turin, 1994.

Jaroslav Folda, The Art of the Crusaders in the Holy Land, 1098-1187, Cambridge, 1995.

Dumbarton Oaks Papers 58, 2004.

Medioevo romanzo e orientale. Il viaggio dei testi, III Colloquio internazionale, Venezia, 10-13 ottobre 1996, éd. Antonio Pioletti, Francesca Rizzo Nervo, Actes, Rubettino, Soveria Mannelli 1999.

Andreas Stilianou et Judith A. Stilianou, The Painted Churches of Cyprus. Treasures of Byzantine Art, Nicosia, Chypre, 1997.

Tania Velmans, Byzance les Slaves et l’Occident, The Pindar Press, Londres, 2001

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