Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Le voyage immobile : quand c’était le monde qui venait à l’expo… (les expositions universelles au XIXe siècle)

02/06/2012 - 12h30 à 13h30 Salle des Élections

D’abord fêtes du commerce et de la technique, et éléments majeurs du jeu diplomatique international, les expositions universelles ont fixé l’attention des nations du monde entier qui souhaitaient y être présentes. Placées naturellement sous le signe du cosmopolitisme, elles ont ainsi ouvert à leurs visiteurs d’autres horizons. De plus, la nécessité de les rentabiliser a vite conduit à y multiplier les attractions pittoresques susceptibles de séduire un public nombreux. Et quoi de plus attrayant que l’exotisme ? Dans un XIXe siècle où l’orientalisme marque les goûts, où la curiosité pour les mondes lointains est répandue dans le public, les expositions ont permis aux Français et, plus largement, aux Occidentaux de s’essayer à découvrir l’autre et l’ailleurs.

À partir des années 1880, les expositions prennent le relais de la propagande officielle en faveur de la colonisation. Dès lors, au rythme de l’expansion outre-mer, y croît la place du monde colonial. Il y est dépeint sous les couleurs les plus flatteuses, avec son lot de paysages insolites et de populations exotiques, au point de justifier bientôt l’organisation d’expositions spécifiquement « coloniales ».

Si elles prétendent ouvrir aux visiteurs tous les ailleurs du monde, il convient de nuancer. Cet ailleurs n’est pas rigoureusement authentique et ne s’interdit pas l’approximation. Il répond surtout à l’image que le public européen s’en fait, quitte à forcer le trait pour aller au-devant de ses attentes. Car la scénographie des expositions est le lieu privilégié, en dépit parfois de protestations de naturalisme, de la mise en scène, de l’illusion et du faux-semblant
Dans une ambiance de Luna-Park, où les images proposées se conforment souvent aux stéréotypes les plus courants, les visiteurs vont aussi à la découverte de l’autre. Ils y croisent un petit peuple d’artisans, de danseuses, d’âniers, de tireurs de pousse-pousse amenés à Paris pour peupler les « animations » exotiques qui, d’année en année, sont plus nombreuses. Mais cette découverte peut aussi être complaisante, voire frelatée. Les entorses à la réalité ethnologique sont légion, à l’image des reconstitutions de villages « nègres » dont les pauvres décors ont bien du mal à recréer l’Afrique mystérieuse.

Toutefois, ces expositions qui sont si fortement inscrites dans notre imaginaire au registre du gigantisme et de l’extravagance, constituent aussi un lieu d’échange où des cultures exogènes ont pu au moins se rapprocher suffisamment pour commencer à se connaître et à dialoguer. C’est très certainement sur le plan culturel et particulièrement sur le plan artistique que ce dialogue a été le plus riche (redécouverte de l’art islamique, japonisme…).
Moments d’histoire partagée entre Occident et mondes exotiques, les expositions ont largement contribué à façonner le regard de l’Occident sur le monde et sur l’altérité, même si ce regard nous apparaît aujourd’hui comme égocentrique et très marqué par son époque. Mais, à travers les représentations des mondes lointains qu’elles offrent à un public majoritairement européen, elles révèlent aussi beaucoup sur l’imaginaire et les fantasmes de ce public qui le plus souvent s’est cantonné dans un rôle de spectateur, sans entreprendre une réelle démarche vers l’autre.

Cette intervention, qui pourrait prendre la forme d’une conférence de 45 mn, ou toute autre forme, s’appuie sur les recherches préparatoires et l’argumentaire de l’exposition Exotiques expositions… Les expositions universelles et les cultures extra-européennes. France, 1855-1937, présentée aux Archives nationales, en mars-juin 2010, et dont j’ai assuré le commissariat scientifique.

Bibliographie :

Christiane DEMEULENAERE-DOUYÈRE (dir.), Exotiques expositions… Les expositions universelles et les cultures extra-européennes. France, 1855-1937, Paris, Somogy Éditions d’art / Archives nationales, 2010.

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