Festival de l'histoire de l'art
Proposez une intervention

Le programme du festival

Les collections d’écrivains. Carte Blanche à la Société des Études Romantisques et Dix-Neuviémistes

30/05/2014 - 15h30 à 18h30 Théâtre municipal - Foyer (80 places)

Les écrivains n’ont pas échappé à la manie de la collection qui triomphe au XIXe siècle en annexant une variété toujours plus grande d’objets naturels et d’artefacts. Qu’ils ait été eux-mêmes collectionneurs – de choses (depuis les lanternes sourdes jusqu’aux sulfures), d’œuvres (tableaux, sculptures, dessins..) ou de mots (du vocabulaire précieux aux parlers patoisants) –, ils en ont par ailleurs thématisé dans leurs écrits les joies et les ridicules, aussi bien que les  formes et les logiques. Une poétique et un imaginaire de la collection se sont épanouis dans la littérature, nourrissant en retour les désirs et les pratiques de leurs lecteurs.

Cette session organisée par la Société des Études Romantiques et Dix-neuviémistes se propose de traiter des collections d’écrivains au XIXe siècle : collections bien réelles, formées par les auteurs, aussi bien que collections « de papier » colonisant les écrits du siècle.

Modératrice : Frédérique Desbuissons (conseillère scientifique, INHA)

Dominique Pety (professeur de littérature française, université de Savoie) :

Poétique de la collection au XIXe siècle

De nombreux écrivains français du XIXe siècle ont été collectionneurs, ou ont pris des collectionneurs et des collections pour modèles dans leurs œuvres : Balzac, Flaubert, Champfleury, les Goncourt, Zola, Huysmans, Montesquiou… Cette valorisation de systèmes complexes d’objets a un retentissement indéniable sur les façons nouvelles d’écrire qui s’expérimentent au XIXe siècle : le roman fait concurrence à l’histoire, la description contamine le récit. Et le poème en prose va lui aussi mettre en œuvre une esthétique du décoratif où l’attention se déporte du sujet lyrique vers l’espace ornemental qu’il habite.

Pamela Warner (historienne de l’art, Paris) :

La collection comme forme de vie : le cas des frères Goncourt

Les frères Goncourt, célèbres collectionneurs de leur vivant, n’avaient pas souhaité que leurs acquisitions artistiques et littéraires soient léguées aux musées à leur décès, ces derniers étant considérés par Edmond comme des lieux froids et morts. Sa décision de vendre leur collection aux enchères témoignait d’une volonté de la garder en circulation, en vie pour ainsi dire. Nous examinerons leur collection comme le style de vie goncourtienne par excellence, en « visitant » virtuellement leur maison pièce par pièce a travers des photographies contemporaines.  Vivre avec et vivre par des objets, faire prolonger la vie d’antan, et jouir des sensations esthétiques et multiples au fil du temps : loin de toute ambition purement intellectuelle, la collection des Goncourt exprime encore et toujours leur vitalité étonnante.

Claire Chagniot (professeur agrégé, Carrières-sur-Seine) :

Baudelaire collectionneur : du modèle muséal à la collection virtuelle

Baudelaire acquit des objets d’art depuis sa majorité en 1842 jusqu’à son départ en Belgique en 1864. Ses collections sont connues surtout grâce aux descriptions qu’ont laissées de ses domiciles ses amis de jeunesse, et parce qu’elles ont été dispersées. On en dénombre aujourd’hui trois, de natures et de fonctions différentes. Au modèle muséal empreint de narcissisme qui inspirait les deux premières succéda en effet une relation paradoxale avec la dernière. Baudelaire l’envoya à Honfleur chez sa mère, de sorte que la jouissance de cet « Extended Self » semble s’être moins mesurée à sa fréquentation quotidienne qu’à sa mémoire.

Bernard Vouilloux (professeur de Littérature et arts visuels, université Paris Sorbonne) :

Champfleury et les faïences patriotiques de la Révolution : du collectionnisme à l’historiographie

Auteur d’un livre sur les faïences patriotiques de la Révolution (publié en 1867, réédité la même année, puis en 1875), qu’il commença à collectionner assez tôt, Champfleury, qui deviendra en 1872 conservateur du musée de Sèvres, a joué un rôle important dans leur reconnaissance : en même temps qu’il en faisait un objet de savoir (différenciant les fabriques, repérant des évolutions, interprétant la symbolique), il les fit accéder à la légitimité esthétique, suscitant les sarcasmes de son vieil ami Baudelaire et surtout des frères Goncourt, ses détracteurs les plus constants. Quel fut exactement l’apport de Champfleury ? On tentera de faire le point sur sa méthode (son enquête est en prise directe sur les objets), ses principes d’analyse (attentifs non seulement aux signes, mais aussi aux jeux formels), ses orientations esthétiques (valorisant un art du peuple).

Ségolène Le Men (professeur d’histoire de l’art contemporain, université Paris Ouest Nanterre-La Défense) :

Les catalogues de vente de collections illustrés : l’exemple du fonds de la maison de Claude Monet à Giverny

Au XIXe siècle, le catalogue de vente se décline sous différents formats associés à des usages multiples, du livre d’art au musée imaginaire, en relation avec un marché de l’art qui se développe non seulement dans les galeries, mais également à travers les collections des grands amateurs, et celles des fonds d’atelier des artistes. La page de titre, la préface, la structure des notices, la sélection des œuvres reproduites et la technique de reproduction sont à prendre en compte pour son analyse. L’ensemble conservé à Giverny dans la bibliothèque de Monet, mis en rapport avec la correspondance de l’artiste et avec sa collection personnelle, constituera le point d’ancrage de la communication

Table ronde avec les auteures de La Bibliothèque de Monet (Éditions Citadelles & Mazenod, 2013) : Ségolène Le Men (professeur d’histoire de l’art contemporain, université Paris Ouest Nanterre-La Défense), Claire Maingon (maître de conférences en histoire de l’art contemporain, université de Rouen) et Félicie de Maupéou (ATER en histoire de l’art, université de Rouen).

 

Passages choisis de cette table ronde

Tables rondes à découvrir également :

À voir aussi dans ce lieu :