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Les écrits d’officiers de Marine dans la deuxième moitié du XIXe siècle : d’autres regards sur le monde extérieur

03/06/2012 - 11h00 MINES ParisTech - Bibliothèque

L’étude du monde extérieur à l’Europe, au xixe siècle, est généralement attribuée à des explorateurs, figures d’épinal de vagabonds solitaires, à des grands voyageurs et à quelques auxiliaires modestes de l’exploration (missionnaires, scientifiques, etc.).

Parmi ces derniers, l’officier de marine reçoit rarement l’intérêt particulier qu’il mérite. La raison réside sans doute au fait que, dans la conquête des colonies, ce fantassin de l’exploration a été fréquemment critiqué pour la formidable supériorité de ses armes perfectionnées contre les arcs et les flèches, les sagaies ou même les fusils de traite.

Dès leur formation pratique, les officiers de marine sont aguerris à la navigation à bord de navires de l’École Navale tels le légendaire « Borda » ou bien la frégate « La Flore », avant de poursuivre leur carrière, de campagne lointaine en campagne lointaine, dépassant les limites du territoire national. Parcourant ainsi les océans et les mers, nombre de ces hommes embarqués, parfois des ingénieurs, développent au su de la hiérarchie des expériences d’écriture qui révèlent une riche culture dans laquelle l’impérialisme national est bien moins univoque qu’on ne l’imagine parfois : correspondances privées, récits de voyage, journaux intimes, dessins naturalistes, correspondances scientifiques, etc., testaments d’un monde aujourd’hui disparu.

Parmi eux Loti, Ferrere, Segalen ont très tôt connu le succès en publiant leurs aventures exotiques ; Louis-Ernest Lesage dit Sahib a fait carrière comme artiste-reporter de la Marine.

D’autres dont la mer à forcé le talent sont restés dans l’oubli par choix de leur part le plus souvent, considérant leurs témoignages comme l’expression de leur expérience intime face au milieu naturel et aux communautés humaines rencontrées.

Des manuscrits inédits obtenus auprès des familles ou déposés auprès des institutions de Brest (service historique de la Défense, bibliothèque d’étude, archives municipales, Service hydrographique de la Marine) constituent les fonds à partir desquels nous souhaitons révéler le rapport entre pratiques d’écriture et pratiques artistiques chez les officiers de marine dans la seconde moitié du xixe siècle. Sans être au service d’une écriture ou d’un art, leurs auteurs abordent avant tout l’espace parcouru et l’expérience personnelle vécu. La correspondance scientifique peut être illustrée par les écrits de Camille Tissot (1868-1917), précurseur, inventeur de la TSF, et ceux de Maurice Rollet de l’Isle (1859-1943), ingénieur hydrographe dont les carnets de voyage sont abondamment illustrés de dessins des contrées visitées. Les écrits intimes regroupent la correspondance de Lucien Chédeville (1867-1887), agrémentés de dessins de son cru, les écrits de Gustave Samanos (1860-1885) et ses dessins naturalistes, les carnets d’Alfred Ponroy (1822-1876), professeur de dessin sur « Le Borda ». Selon des tonalités toutes aussi diverses, la mer a aussi inspiré des officiers de marine écrivains ou musiciens comme Léopold Pallu de La Barrière (1828-1891), auteur des Gens de mer (1860), Paul Cadiou (1850-1924), auteur des Morts (1896) et des Chants Corses (1897) ainsi que d’une pièce de théâtre La Harpe de Merlin (1904), et enfin Jean Cras (1879-1932), marin, scientifique et musicien.

La poétique du voyage a beaucoup à gagner de ces regards oubliés sur les sociétés indigènes et les colonies, qui élargissent le simple récit de voyage.


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