Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

L’institutionnalisation des voyages d’artistes sous la IIIe République. Prix du Salon et bourses de voyage

03/06/2012 - 15h30 à 16h30 Château de Fontainebleau - Salle de la Cour d'Honneur (20 places)

En 1874, Chennevières-Pointel, directeur des beaux-arts, créa le Prix du Salon pour financer des voyages d’artistes. En 1881, le Conseil supérieur des beaux-arts étendit cette disposition en fondant des bourses de voyage, qui furent distribuées jusqu’en 1960. Je me propose de revenir sur l’histoire et l’organisation de ces récompenses officielles afin d’esquisser la nouvelle définition de la profession d’artiste qu’elles révèlent : le Prix du Salon et les bourses de voyages furent décidés par le pouvoir républicain contre le Prix de Rome ; la situation sociale et l’identification idéologique de l’artiste qu’ils favorisaient s’opposaient à celles de l’artiste académique. Alors que les lauréats du Prix de Rome étaient consignés dans une villa romaine, dont ils ne pouvaient s’échapper en vertu du règlement, alors qu’ils étaient tenus de partager une vie communautaire et de se soumettre à l’autorité d’un directeur et au contrôle de l’Académie des Beaux-Arts, les récipiendaires du Prix du Salon et des bourses de voyage étaient encouragés par la République à faire l’expérience de la liberté, du vagabondage et de la solitude. Ils choisissaient librement leur destination, ils n’avaient pas à rendre des comptes, ils n’appartenaient pas à une institution… Cette expérience du voyage n’avait pas seulement des effets sur l’identification des artistes, elle s’appuyait également sur des conceptions stylistiques anti-académiques : alors que la finalité des études à la villa Médicis était la production d’un grand tableau, soigneusement réfléchi et parfaitement achevé, réalisé dans un atelier et au contact des modèles de la tradition, la fonction des bourses républicaines était d’encourager la découverte des traditions stylistiques étrangères non classiques et le travail de l’esquisse, librement produite lors des voyages. En ce sens, ces prix républicains témoignent d’une prise en compte par le pouvoir politique des valeurs plastiques du plein-air et un soutien apporté au genre du paysage. Enfin, l’artiste récompensé par l’État se distinguait encore de l’artiste académique par son identification sociologique : alors que ce dernier demeurait dans la soumission à l’État et aux structures professionnelles, le premier était assimilé à un producteur libre dans un marché ouvert des biens artistiques. La communication pourra s’achever par une évocation du phénomène contemporain des résidences d’artistes, forme actuelle du voyage des artistes.

 

Sélection biographique

Ouvrages et direction d’ouvrages

L’enseignement des arts au XIX° siècle – La Réforme de l’École des beaux-arts de 1863 et la fin du modèle académique, Rennes, P.U.R., 2006 (372 p.).

Artistes en groupe – La représentation de la communauté des artistes dans la peinture du XIX° siècle, Rennes, P.U.R., 2007 (214 p.).

Les pratiques d’éducation artistique en France – XVIIIe-XXIe siècles. Du modèle académique et scolaire aux pratiques actuelles, Rennes, PUR, 2010 (codirection avec D. Poulot et J.-M. Pire).

Catalogue d’exposition Devenir peintre au XIX° siècle. Baudry, Bouguereau, Lenepveu, Lyon, Fages éditions, 2007  (éditeur scientifique)

Articles

« L’Hémicycle de l’École des beaux-arts par Paul Delaroche ‑ Une histoire de l’art illustrée », Histoire de l’Art, mai 1996.

« La valeur d’originalité et son introduction dans l’enseignement des beaux-arts », Peut-on enseigner l’art ?, Louvre – ENSBA, 2004.

« Notre Dame de Bon-Port », Nantes religieuse – De l’Antiquité chrétienne à nos jours, Nantes, numéro hors-série du Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et Loire-Atlantique, 2008.

« L’hommage au grand peintre. Les commémorations sculptées de Paul Baudry », catalogue d’exposition Paul Baudry, 1828-1886. Les portraits et les nus, Paris, Somogy, 2008.

« Le peintre statufié – Réflexions sur la représentation monumentale des peintres dans la sculpture du XIXe siècle », Revue de l’Art, décembre 2008.

« Un Hidalgo des Batignolles », catalogue d’exposition Fernand Pelez, Petit Palais, Paris, 2009.

« Ingres et la réforme de l’École des beaux-arts », Actes du colloque Ingres – Un homme à part, musée du Louvre, Paris,  2009.

« La société des amis des arts de Nantes », Marché(s) de l’art en province – 1870-1914, Études réunies par Laurent Houssaye et Marion Lagrange, Les Cahiers du Centre François-Georges Pariset n° 8, Presses Universitaires de Bordeaux, 2010

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