Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

« Munich, c’était la scène de ma complète libération ». Marcel Duchamp et le mythe de son voyage à Munich en 1912 // « American, born in France ». Voyage et déterritorialisation chez Marcel Duchamp

02/06/2012 - 14h30 à 16h00 Château de Fontainebleau - Salle du Jardin anglais (30 places)

Le voyage de Marcel Duchamp à Munich est souvent réduit aux faits suivant. Son tableau Nu, descendant l´escalier No. 2 est refusé par le Salon des Indépendants en mars 1912, l´artiste quitte Paris pour passer trois mois à Munich, il y crée six œuvres dont des préparations pour le fameux Grand verre (1915-23). Après son retour, il abandonne la peinture à l´huile et crée en 1913 la Roue de bicyclette qui passe pour le premier ready-made de l´histoire de l´art. Rétrospectivement, Marcel Duchamp a contribué lui-même au mythe d’un voyage de caractère de rupture en déclarant : « Munich, c´était la scène de ma complète libération ».

Contrairement à la poursuite de ce mythe, la conférence a pour objectif de replacer le voyage de Marcel Duchamp dans le contexte de Munich pendant l’été 1912. Au lieu de favoriser l´explication par une seule «source d´inspiration», je retracerai cependant les différentes «sphères d’influences» :
– Le Deutsches Museum présente des moteurs de voitures à section transversale – outil didactique qui rappelle des tableaux comme Mariée que Duchamp crée à Munich. De plus, on pouvait voir les roues de bicyclettes singulières sur des fourches au Deutsches Museum.
L’Exposition bavaroise d’art industriel – événement phare à Munich en été 1912 – présente une section « beaux-arts » à côté des produits industriels. Cette exposition a pu inspirer Marcel Duchamp à mettre au même niveau des objets de la vie quotidienne et les œuvres d’art.
– Depuis sa demeure située dans le quartier d´artistes de Schwabing, il visite le musée Alte Pinakothek chaque jour. Les tableaux de Lucas Cranach d.Ä. le fascinent particulièrement. Y-a-t-il un lien entre la rencontre de l´art historique et l´abandon du langage formel du cubisme?
– Il s´achète le livre Sur le spirituel dans l´art de Wassily Kandinsky qui est « dans tous les magasins » (Duchamp) et y fait des annotations. Qu’est-ce qui l´intéressait chez Kandinsky sur lequel il écrira quelques décennies plus tard qu´on lui doit d´avoir « ouvert au spectateur une nouvelle manière de voir » ? En esquissant tout un spectre des possibles sphères d´influence qui s´étendent sur la culture matérielle, j´aimerais sensibiliser à une lecture qui ne conçoit pas ce voyage comme une rupture, mais comme un voyage d´un artiste énormément réceptif aux différents sujets du moment présent. Des exemples tirés de l’exposition Marcel Duchamp à Munich au Lenbachhaus illustreront la conférence.

Bibliographie (sélection)

– Berswordt-Wallrabe, Kornelia von: « Die Sammlung Marcel Duchamp in Schwerin und Duchamps Zeit in München 1912 », dans: Antonia Napp, Kornelia Röder (ed.): Impuls Marcel Duchamp. Where do we go from here?, Ostfildern 2011, p. 20-39.
– Bogen, Steffen: « Duchamp in München. Ein Technikmuseum macht Kunstgeschichte », dans: Alexander Gall (ed.): Konstruieren, Kommunizieren, Präsentieren. Bilder von Wissenschaft und Technik, Göttingen 2007, p. 347-396.
– Duve, Thierry de: Nominalisme pictural. Marcel Duchamp, la peinture et la modernité, 1984, particulièrement p. 32-82 et 134-199.
– Molderings, Herbert: « The Munich Sources behind Marcel Duchamp’s ‘Large Glass’ », dans: Christian Fuhrmeister, Hubertus Kohle, Veerle Thielemans (ed.): American Artists in Munich. Artistic Migration and Cultural Exchange Processes, Berlin/München 2009, p. 225-246.

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