Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Regarder à travers le pare-brise. Henri Matisse, peinture et voiture

03/06/2012 - 13h00 à 14h00 Château de Fontainebleau - Salle de la Grotte des Pins (30 places)

En 1917 Henri Matisse réalise Route de Villacoublay. Le même sujet
revient en View from Inside an Automobile (1925) à Antibes. Nature et
technologie se rencontrent : le paysage est cadré non plus par la fenêtre de
l’appartement de Matisse à Nice mais par la pare-brise de sa voiture. Si l’on
peut considérer ces tableaux comme des métonymies de l’oeuvre d’art à
l’époque de la reproduction mécanique, ils présentent, à notre avis, une
expérience plus ambiguë. Loin d’une exaltation de la vitesse, la voiture de
Matisse est immobile, son intérieur transformé en atelier provisoire, camera
obscura pour une inédite absorption en mouvement qui remonte à la vision
fragmentée du chemin de fer.
Cette communication se veut une reconsidération des peintures-voitures
de Matisse à travers deux paradoxes propres à l’époque de la diffusion de la
voiture et du cinéma :

1) les images en mouvement, suspendues entre la mobilisation du regard des spectateurs et, en même temps, l’immobilisation de leur corps. Comme l’écrivait Serge Daney : « Tout ce que nous appelons “histoire du cinéma” est celle de la domestication du public, de son “immobilisation”. Ce serait cette “vision bloquée” – sorte d’imagination à résidence à son siège, de condamnation au mutisme et à l’immobilité. » ;

2) la crise du médium de la peinture devant un nouveau modèle de spectatorialité – et, par conséquent, d’expérience, d’inscription et de transmission de la mémoire – imposé progressivement par la vision cinématographique. Quelle est la réaction de Matisse devant les transformations de la perception humaine à la période de l’industrialisation de la culture visuelle, de l’émergence de nouvelles formes technologiques de spectacle, exposition, projection, attraction et enregistrement ?
Riccardo Venturi a obtenu un doctorat en esthétique et histoire de l’art à l’Université Paris X – Nanterre et à l’Università de L’Aquila, Italie. Il a été récemment Postdoctoral Fellow in Residence auprès du The Phillips Collection Center for the Study of Modern Art et The George Washington University, Washington DC.

Bibliographie:

J. Aumont, “L’oeil variable, ou la mobilisation du regard”, in L’OEil interminable, Paris 2007 ; M. Berton, “Train, cinéma et modernité : entre hystérie et hypnose”, in Décadrages, n. 6, automne
2005, pp. 8-21 ; C. Chéroux, “Vues de train. Vision et mobilité au XIXe siècle”, in Etudes
photographiques, n. 1, novembre 1996, pp. 73-88 ; S. Danius, The Senses of Modernism.
Technology, Perception, and Aesthetics, Ithaca & London 2002 ; M. Desportes, Paysages en mouvement. Transports et perception de l’espace XVIIIe-XXe siècle, Paris 2005 ; E. Duffy, The Speed Handbook. Velocity, Pleasure, Modernism, Durham and London 2009 ; J. J. Flink, The Automobile Age, Cambdige (Mass.), 1976, 1988 ; W. Schivelbusch, Histoire des voyages en train (1977), Paris 1990 ; J. T. Schnapp (dir.), Speed Limits, Milano 2011 ; G. Silk, Automobile and Culture, New York 1984 ; C. Studeny, L’Invention de la vitesse : France, XVIIIe-XXe siècle, Paris, 1995

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