Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Voyages d’enlumineurs et itinéraires des manuscrits enluminés entre le Midi de la France, l’Italie et la Péninsule Ibérique au XIVe siècle. Entre traditions locales et échanges artistiques

02/06/2012 - 14h00 à 15h00 Château de Fontainebleau - Salle de la Grotte des Pins (30 places)

Le point de départ de notre recherche, menée près de l’Instituto d’Estudos Medievais (IEM) de l’Universidade Nova de Lisbonne en codirection avec l’Université de Lille 3 et l’Université de Gérone, nait de deux constatation : 1) la production et l’illustration des manuscrits juridiques dans la France méridionale entre XIIIe et XIVe siècle n’ont été pas encore étudiées profondément et 2) il ne faut pas les étudier comme un phénomène isolé et local ; il faut au contraire les considérer comme le résultat d’un processus originel et créatif fondé sur les déplacements, les échanges et l’interaction d’artifices, souvent de différentes origines ou de différentes formations, sur la circulation d’œuvres, commanditaires, modèles (d’écriture et iconographiques), sur le partage enfin de savoirs communs dans l’arc géographique méditerranéen compris entre la Péninsule Ibérique et l’Italie du Nord[1]. Notre recherche vise à mettre en évidence les influences réciproques exercées dans le monde méditerranéen par rapport à la production de manuscrits juridiques enluminés. Mais en particulier la recherche vise surtout, en suivant les mots et l’exemple de Jean-Marie Guillouët, « à envisager ces circulations d’enlumineurs, de manuscrits et de modèles dans le rapport dynamique et dialectique qu’elles entretiennent avec leurs milieux d’accueil ou d’émission. À ce titre ce sont d’abord ces médiateurs (les enlumineurs, les manuscrits ou les modèles) qui constituent l’objet de cette investigation qui est conduite pourtant aussi dans les termes de transfert artistiques. On doit en effet penser, par rapport à la question des influences, à un riche et multiple phénomène d’osmose dans l’ensemble des régions du Midi de la France concernées par toute l’activité découlant des pèlerinages, de la mobilité des étudiants et des professeurs d’université, du déplacement des fonctionnaires et juristes qui constituaient le personnel de la Curie pontificale. Mais nôtre projet de recherche prend en compte aussi du rôle des acteurs et de la manière dont ils participent à la reconfiguration des milieux de production livresque dans le contexte du Midi de la France et de l’arc méditerranéen et cela constitue une approche différente de celle à laquelle conduisent les analyses menées dans les termes de la seule influence artistique. En effet l’emploi de cette notion de transferts artistiques nous a permis et permet d’analyser la manière dont les déplacements d’enlumineurs, de manuscrits ou de modèles ont reconfiguré le milieu livresque et l’espace culturel nord méditerranéen qui les accueille. La problématique que nous envisageons d’aborder ce n’est pas tout simplement celle de la réception et de l’influence mais plutôt celle du rôle des médiateurs dans les mécanismes des circulations d’enlumineurs, de manuscrits ou de modèles et les effets de ces circulations. Les enlumineurs « exogènes » issus de l’Italie ou de la Péninsule Ibérique ou formés antérieurement par exemple dans des ateliers italiens ou catalans sont, par exemple, vecteurs d’un transfert artistique dont la prise en compte permet d’évaluer la place assignée à l’enluminure italienne ou catalane dans le Midi de la France entre XIIIe et XIVe siècle.

Tout d’abord il faudra se demander quelles étaient les conditions et les modalités de ces transferts artistiques dans un contexte livresque et quelles en étaient les conséquences sur la carrière des enlumineurs, ou sur les réseaux de la commande. Il faudra s’interroger aussi sur quelles ont été les raisons culturelles ou politiques ayant rendu possibles ces déplacements et sur quelles ont été les conditions et contraintes statutaires, réglementaires techniques que ces enlumineurs « exogènes » ont dû remplir. Ou, encore, sur quelle a été la place assignée à ces manuscrits dans leur système de réception et si le système d’origine a-t-il été touché par des reconfigurations particulières à l’issue de ces transferts »[2]. À toutes ces questions, et bien d’autres, nous nous proposons de répondre en analysant ces phénomènes de voyages, d’échanges et de circulations.



[1] Cf. Manuscript Production and Collaboration, dans Susan L’Engle, Robert Gibbs, Illuminating the Law. Legal Manuscripts in Cambridge Collection, London–Turnhout, 2001, p. 43-48 ; Gerard Schmidt, «Beobachtungen betreffend die Mobilität von Buchmalern im 14. Jahrhundert», dans Codices manuscripti, tomi 42/43, 2003, p. 1-25 ; Robert Lerner, « Writing and Resistence Among Beguins of Languedoc and Catalonia », dans Peter Biller, Anne Hudson (dir.), Heresy and Literacy, 1000–1530, Cambridge. 1994 (Cambridge Studies in Medieval Literature, 23), p. 186–204 ; Fabio Troncarelli, « La scrittura segreta: codici, copisti, inquisitori in Provenza e in Catalogna », dans Herrand Spilling (dir.), La collaboration dans la production de l’écrit médiéval, Actes du XIIIe colloque du Comité International de paléographie latine (Weingarten, 22–25 septembre 2000), Paris. 2003 (Matériaux pour l’histoire publiés par l’École des chartes, 4), p. 89–102. François Avril, « La iluminación francesa del siglo XV y el mundo mediterraneo. Contactos e influencias », dans Mauro Natale (dir.), El Renacimiento Mediterráneo: Viajes de artistas e itinerarios de obras entre Italia, Francia y España en el siglo XV, Catalogue de l’exposition (Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza, 31 janvier – 6 mai 2001; Valencia, Museu de Belles Arts de Valencia, 18 mai – 2 septembre 2001), Madrid. 2001, p. 63–78. Rosa Alcoy, Pere Beseran (dir.), El Romanic i el Gòtic desplaçats. Estudis sobre l’exportació i migracions de l’art català medieval, Barcelona, 2007.

[2] Cet aspect de la recherche a été abordé pendant un séjour de recherche à l’INHA (Institut National d’Histoire de l’Art – Paris) en qualité de chercheur invitée dans le cadre du programme pluriannuel de recherche « Transferts et circulations artistiques dans l’Europe de l’époque gothique (XIIe-XVIe siècles)» (http://www.inha.fr/fr/recherche/le-departement-des-etudes-et-de-la-recherche/histoire-de-l-art-medieval/transferts-et-circulations-artistiques.html), coordonné par Jean-Marie Guillouët, le créateur de cette méthodologie de recherche, que nous remercions vivement. Cfr. J.-M. Guillouët, Les transferts artistiques: un outil opératoire pour l’histoire de l’art médiéval ?, «Histoire de l’art», tomo 64, avril 2009, pp. 17-23.

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