Festival de l'histoire de l'art
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Le programme du festival

Voyages entre Orient et Occident : l’art de Yuhanna al-Armani en Égypte ottomane

01/06/2012 - 17h00 à 18h00 MINES ParisTech - Grand Amphi, Bat B (54 places)

Actif de 1740 à 1786, année de sa mort, Yuhanna al-Armani al-Qudsi fut l’un des plus prolifiques peintres d’icônes que l’Égypte ottomane ait pu connaître[1]. Bénéficiant d’une période économiquement faste, les Coptes d’Égypte ont pu restaurer et mettre en valeur leur patrimoine religieux, notamment en faisant réaliser de nombreuses icônes pour les décorer.  Yuhanna al-Armani et son proche collègue Ibrahim al-Nasikh répondirent à cet appel en développant de grands ateliers prêts à répondre à toutes ces commandes.

Le résultat est si spectaculaire que, encore aujourd’hui, il est difficile de ne pas visiter une église copte du Caire sans voir un panneau réalisé par l’un ou l’autre de ces hommes. Le travail quasi mécanique qui résulta de ce tandem permet en effet de réunir actuellement un corpus de près de cinq cents icônes.

Ce qui, peut-être, attire le plus dans ces panneaux réside dans le style. Souvent indéfinissable, comme le remarquait déjà en sont temps A. J. Butler[2], celui-ci illustre des sources difficiles à remonter. On y trouve à la fois, pêle-mêle, des traditions issues des peintures des couvents coptes, des évocations de tissus ottomans, des paysages relevant plus de l’Arménie que du désert égyptien, des compositions issues de tableaux européens.

Cette particularité tient dans un fait bien concret. Yuhanna al-Armani al-Qudsi, comme son nom l’indique, est issu d’une famille arménienne probablement native de Jérusalem. Bien qu’étant né en Égypte et ayant épousé une Égyptienne copte, il n’en demeure pas moins très attaché à ses racines, aussi bien par son lieu d’habitation au Caire – en plein cœur du quartier arménien – que par ses réseaux sociaux, et par l’iconographie qu’il utilise dans son art[3].

Afin de mieux cerner celui-ci, il a d’abord fallu retrouver, réunir, puis comprendre les icônes toujours existantes dans les églises du Caire et des environs, et enfin tracer les sources d’inspiration. C’est ainsi au détour d’ouvrages liturgiques imprimés, principalement arméniens, mais également européens, retrouvés dans la bibliothèque des pères franciscains du Mouski au Caire, qu’il a été possible de mieux interpréter l’art de cet arménien de cœur. Les  heureuses découvertes se firent également dans les bibliothèques américaines et européennes (Italie, Pays-Bas, France), mais aussi, plus simplement dans les fonds arméniens d’Égypte et de Venise ou dans la bibliothèque du Patriarcat copte du Caire à travers les manuscrits à peintures des XVIIe et XVIIIe siècles.

Comprendre l’art de Yuhanna al-Armani permet ainsi de mieux cerner la diffusion des iconographies chrétiennes en Afrique et au Proche-Orient, voguant, au gré des courants de la mer Méditerranée, entre Orient et Occident.



[1] Auber de Lapierre, J., « Yuhanna al-Armani al-Qudsi, an Armenian Coptic Icons Painter in Ottoman Egypt : New perspectives », dans Saint Shenouda Coptic Quarterly, Los Angeles, Saint Shenouda the Archimandrite Coptic Society, 2009.

[2] Butler, A. J., The Ancient Coptic Churches of Egypt, 2 volumes, Oxford, The Clarendon Press, 1884.

[3] Guirguis, M., An Armenian Artist in Ottoman Cairo: Yuhanna al-Armani and His Coptic Icons, Le Caire, The American University in Cairo Press, 2008.

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